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PROTÉGER EN CRÉANT LE RISQUE : FAUX ET VRAIS POSITIFS DANS LA PROTECTION DES MINEURS

Liviu Poenaru, PhD

Mars 2026

 

Dans les systèmes de protection de l’enfance, compris comme des régimes d’exposition biopsychosociaux inscrits dans des structures d’inégalités et de gouvernement du risque, les interventions ne se limitent pas à réduire le danger : elles peuvent reconfigurer et amplifier les dommages. Cette dynamique s’inscrit dans un cadre de décision où l’arbitrage entre faux positifs et faux négatifs est central, tel que formalisé par la théorie de la détection du signal (Green & Swets, 1966). Sous pression de responsabilité, les seuils d’intervention sont abaissés, favorisant l’action en contexte d’incertitude.

 

Dans ce cadre, un mécanisme plus subtil apparaît : les interventions elles-mêmes peuvent produire des états psychiques et relationnels (détresse, désorganisation, conflictualité) qui sont ensuite interprétés comme des indicateurs de risque. La souffrance parentale et infantile générée par la séparation, l’enquête ou l’instabilité peut ainsi être requalifiée comme « preuve » de danger, renforçant la décision initiale. Ce phénomène s’apparente à une "prophétie autoréalisatrice", où l’intervention contribue à créer les conditions qui la justifient (Merton, 1948), et à une boucle de rétroaction où les données produites par le système valident ses propres hypothèses.

Il en résulte une production conjointe de faux positifs et de « vrais positifs » apparents. Les premiers correspondent à des interventions initialement non justifiées au regard du risque réel; les seconds émergent a posteriori, lorsque les effets iatrogènes (détresse, comportements réactifs, désorganisation) sont interprétés comme des signes authentiques de danger. Cette dynamique est renforcée par des biais cognitifs—aversion aux pertes, heuristique de disponibilité—et par des incitations organisationnelles à la prudence, décrites dans la littérature sur la décision sous incertitude (Kahneman & Tversky, 1979; Munro, 2011).

Dès lors, le système tend à se légitimer lui-même : les « preuves » qu’il mobilise sont, en partie, produites par ses propres interventions. Pour rompre cette circularité, il est nécessaire de distinguer empiriquement les indicateurs de risque préexistants des effets induits par l’intervention, et d’intégrer les coûts iatrogènes dans l’évaluation des décisions. Sans cette différenciation, la production de souffrance—parentale et infantile—risque d’alimenter une validation interne du processus, au détriment d’une appréciation rigoureuse des bénéfices et des préjudices (Green & Swets, 1966; Merton, 1948; Munro, 2011).

Références
Green, D. M., & Swets, J. A. (1966). Signal detection theory and psychophysics. Wiley.
Kahneman, D., & Tversky, A. (1979). Prospect theory: An analysis of decision under risk. Econometrica, 47(2), 263–291. https://www.jstor.org/stable/1914185
Merton, R. K. (1948). The self-fulfilling prophecy. The Antioch Review, 8 (2), 193–210. https://entrepreneurscommunicate.pbworks.com/f/Merton.+Self+Fulfilling+Profecy.pdf
Munro, E. (2011). The Munro review of child protection: Final report—A child-centred system. Department for Education. - donne un titre à cet article en mentionnant la création de faux et de vrais positifs et négatifs par le système de protection des mineurs. https://assets.publishing.service.gov.uk/media/5a7b455ee5274a34770ea939/Munro-Review.pdf

 

KEY FINDINGS

Le placement familial traditionnel à long terme ne semble pas améliorer les chances de vie des enfants maltraités (Brännström et al. 2020).

La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance est associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler, 2018).

Le placement hors du domicile a aggravé l’état de santé des enfants ainsi que leurs trajectoires dans le système judiciaire (Brownell et al., 2024).

Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans (Hjern et al., 2024).

Les mères dont un enfant a été placé par les services de protection de l’enfance présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al. 2018).

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