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  • OBSERVATIONS OSSIPE #1 Quand la protection produit ce qu’elle observe

    Liviu Poenaru Sept. 8, 2026 Plusieurs travaux publiés en août 2026 déplacent sensiblement la compréhension de la protection des mineurs. Ils ne contestent ni l’existence des violences faites aux enfants ni la nécessité de certaines interventions. Ils montrent quelque chose de plus difficile à admettre: le système de protection n’est pas un observateur extérieur à la situation qu’il évalue. Par ses enquêtes, ses contraintes, ses placements, ses classifications et ses procédures de signalement, il modifie les conduites des enfants et des parents. Une partie de ce qu’il enregistrera ensuite comme symptôme, résistance ou facteur de risque peut donc avoir été produite ou aggravée par son intervention. L’étude de Hansen et Gerdts-Andresen fournit l’observation la plus directe de ce mécanisme. À partir d’entretiens menés auprès de onze professionnels appartenant à six services norvégiens, les chercheuses montrent que la « résistance parentale » n’est pas nécessairement une propriété préalable du parent. Elle peut émerger dans une relation involontaire marquée par une forte asymétrie : les professionnels proposent une aide, mais disposent simultanément du pouvoir d’évaluer, de documenter et de recommander une mesure coercitive. Les contraintes temporelles, la standardisation des procédures et la prédominance de l’évaluation réduisent encore les possibilités d’établir une véritable relation. La conséquence épistémique est considérable. Un parent qui se sent surveillé, disqualifié ou menacé peut devenir méfiant, se retirer de la relation ou contester les interprétations professionnelles. Ces réactions sont ensuite susceptibles d’être consignées comme manque de coopération, hostilité ou incapacité à reconnaître les besoins de l’enfant. L’institution disparaît alors du modèle causal : elle traite comme une caractéristique du parent une conduite qui s’est développée dans l’interaction avec elle. L’étude ne permet pas d’affirmer que ce processus serait général, car elle repose sur un petit échantillon et sur les récits rétrospectifs des professionnels. Mais elle établit que ceux-ci identifient eux-mêmes la résistance comme un résultat relationnel et organisationnel, et non uniquement comme un problème familial. Modderman et ses collègues décrivent une contradiction comparable dans les situations de dévoilement de violences sexuelles. Les vingt-trois praticiens australiens interrogés considèrent le dévoilement comme un processus progressif, dépendant de la confiance, du rythme de l’enfant et du contrôle qu’il conserve sur sa propre parole. Pourtant, dès qu’une information entre dans le circuit institutionnel, elle doit répondre à d’autres exigences : signalement obligatoire, collecte de preuves, documentation, circulation entre services et coordination avec les autorités judiciaires. L’enfant demeure officiellement « au centre », mais son récit devient une ressource destinée à plusieurs organisations poursuivant des objectifs différents. Il peut devoir répéter son histoire, subir l’accélération d’une procédure qu’il ne maîtrise plus ou découvrir des conséquences qu’il n’avait pas anticipées. Le système de protection peut ainsi affaiblir les conditions relationnelles qui avaient rendu la parole possible. Il risque ensuite d’interpréter les hésitations, les rétractations ou les variations narratives sans intégrer suffisamment les effets de sa propre intervention. L’étude n’inclut cependant ni enfants, ni familles, ni policiers, ni professionnels des services statutaires. Elle identifie une architecture de contrainte à partir du point de vue de praticiens associatifs ; elle n’en mesure pas directement les effets sur la fiabilité des témoignages. La synthèse conduite par Ådnanes et ses collègues examine une autre conséquence possible de la protection : l’instabilité des placements. Les auteurs ont retenu trente et une études parmi les 194 publications d’une revue de portée consacrée à l’expérience du placement temporaire. Les enfants et anciens enfants placés décrivent les déplacements répétés comme des ruptures beaucoup plus étendues que ne le suggèrent les indicateurs administratifs : perte de relations, de routines, d’objets personnels, de continuité scolaire, de liens fraternels, de sentiment d’appartenance et de contrôle sur leur existence. Ces résultats obligent à réexaminer l’explication habituelle des ruptures de placement. Les difficultés comportementales de l’enfant peuvent effectivement contribuer à certaines ruptures. Mais le déplacement lui-même peut produire de la détresse, de la défiance, de l’agitation ou une difficulté croissante à investir de nouvelles relations. Le comportement devient alors simultanément une cause supposée et une conséquence possible de l’instabilité. Si la chronologie n’est pas rigoureusement reconstruite, chaque nouveau problème peut servir à justifier rétrospectivement la décision précédente. La revue présente néanmoins une limite importante : aucune évaluation formelle de la qualité des études incluses n’a été réalisée. Les résultats indiquent une convergence descriptive, mais ne quantifient pas l’effet causal des déplacements. L’étude de Niemi et Eriksson approfondit cette question dans les institutions résidentielles finlandaises. Trente-neuf professionnels interrogés reconnaissent que les mesures restrictives peuvent protéger un adolescent dans une situation de danger immédiat, tout en risquant de le retraumatiser. Cette ambivalence interdit de déduire les effets d’une mesure de son intention officielle. Une restriction juridiquement autorisée et appliquée dans un objectif de sécurité peut produire de la peur, de l’humiliation, de l’agitation ou une rupture de confiance. Le danger apparaît lorsque les réactions à la contrainte deviennent la justification d’une contrainte supplémentaire. L’agitation confirme alors la nécessité du contrôle qui a pu contribuer à l’intensifier. L’étude rappelle que la sécurité physique ne suffit pas à définir la protection : celle-ci dépend aussi de la confiance, de la continuité relationnelle et de la possibilité d’une réhabilitation. Mais ses conclusions proviennent exclusivement du discours des professionnels. Aucun adolescent n’a été interrogé et aucun effet n’a été objectivement mesuré. L’article démontre l’existence d’une tension reconnue par les intervenants, non l’efficacité ou la nocivité comparative des différentes restrictions. L’étude longitudinale de Forsman et ses collègues apporte des données quantitatives sur 14 545 Suédois nés en 1953, dont 1 318 avaient connu un placement. Entre 20 et 63 ans, les personnes ayant vécu hors de leur famille présentent davantage de condamnations, d’hospitalisations psychiatriques et de mortalité prématurée. Les associations sont particulièrement fortes lorsque le premier placement a eu lieu à l’adolescence ou lorsque le dossier attribuait celui-ci au comportement du mineur. Ces résultats sont importants, mais ils sont exposés à deux appropriations idéologiques opposées. La première consiste à prétendre que le placement aurait causé les difficultés ultérieures. La seconde affirme que ces difficultés prouveraient la gravité initiale des enfants et, par conséquent, la justesse des placements. Aucune de ces conclusions n’est autorisée. Les auteurs soulignent eux-mêmes que leur protocole observationnel ne neutralise pas la sélection institutionnelle, les adversités antérieures, la gravité des situations ni les caractéristiques non mesurées des placements. L’exposition à la protection de l’enfance constitue ici un marqueur de trajectoires gravement défavorisées, mais la répartition causale entre les conditions antérieures, l’intervention et les événements postérieurs reste indéterminée. Le volume dirigé par Connolly et Katz permet de replacer ces résultats dans une perspective systémique. Ses études nationales montrent que les réformes peuvent modifier les procédures sans remettre en cause les représentations profondes sur lesquelles repose le système. Le chapitre consacré au modèle kényan de l’Ubuntu Family Group Conference propose notamment de déplacer une partie du pouvoir décisionnel vers les familles et les communautés. Il ne démontre pas encore la supériorité empirique de ce modèle. Il introduit néanmoins une modification décisive : la famille ne demeure plus seulement l’objet sur lequel des professionnels accumulent des informations ; elle participe à la définition du problème, à l’élaboration des solutions et à l’évaluation de leurs conséquences. Pris ensemble, ces travaux imposent une conclusion précise. Une mesure ne peut être qualifiée de protectrice uniquement à partir du risque qu’elle prétend prévenir. Ses propres effets doivent entrer dans l’évaluation. Cela suppose de reconstruire la chronologie des conduites, de distinguer les sources réellement indépendantes, de documenter les transformations postérieures à l’intervention, d’entendre directement l’enfant et ses parents, et de tester des hypothèses concurrentes. Un système scientifiquement responsable doit surtout préserver la possibilité de conclure que son intervention a aggravé la situation ou que son interprétation initiale était erronée. Sans cette possibilité, l’évaluation ne produit plus de connaissance : elle organise la confirmation administrative de la décision déjà prise. RÉFÉRENCES Ådnanes, Marian, Vibeke Krane, Ketil Eide, Jannike Kaasbøll, Reidun Follesø, Silje L. Kaspersen, Moses Deyegbe Kuvoame, and Mari Gunnes. 2026. “Living in Temporary Care: Children’s Experiences of Placement Instability in Out-of-Home Care—A Thematic Synthesis of a Scoping Review.” Child & Family Social Work. First published August 14, 2026. https://doi.org/10.1111/cfs.70268. Connolly, Marie, and Ilan Katz, eds. 2026. Trajectories of Change in Child Protection Systems. Cham: Springer Nature. https://doi.org/10.1007/978-3-032-26988-1. Forsman, Hilma, Glena Hossein, Ylva B. Almquist, Olof Bäckman, and Lars Brännström. 2026. “Childhood Out-of-Home Care and Later Crime, Mental Health, and Mortality up to Retirement Age: A Prospective Birth Cohort Study.” Child Protection and Practice 10: 100349. https://doi.org/10.1016/j.chipro.2026.100349. Hansen, Heidi Aarum, and Tina Gerdts-Andresen. 2026. “Making Sense of Parental Resistance in Involuntary Child Welfare Relationships: Child Welfare Workers’ Perspectives.” Child & Family Social Work. First published August 31, 2026. https://doi.org/10.1111/cfs.70272. Modderman, Corina, Amber Canosa, Darlene Rotumah, Kathomi Gatwiri, Jennifer Chubb, and Lynne McPherson. 2026. “Navigating Institutional Tensions in Child Sexual Abuse Disclosure Practice: A Qualitative Study of Practitioners’ Experiences.” Child & Family Social Work: 1–8. First published August 21, 2026. https://doi.org/10.1111/cfs.70270. Niemi, Minna, and Pia K. Eriksson. 2026. “Care Workers’ Perspectives on Restrictive Measures in Residential Care: How Professional Decisions Shape Adolescent Trajectories.” Child Protection and Practice. Published August 26, 2026. https://doi.org/10.1016/j.chipro.2026.100345.

  • Comprendre la résistance parentale dans les relations sous contrainte en protection de l’enfance : le point de vue des professionnels

    Sept. 2026 Le concept de résistance dans le champ de la protection de l’enfance recouvre plusieurs dimensions et ne fait pas l’objet d’une définition unifiée. Différentes études qualifient les familles qui contestent les interventions de la protection de l’enfance de « fortement résistantes » (Fauth et al., 2010), d’« hostiles » (Robson et al., 2014), de « très conflictuelles » (Sudland, 2019) ou encore d’« usagers contraints » (Turney, 2012). Dans cette étude, l’expression « relations sous contrainte » désigne le cadre légal dans lequel les parents sont tenus d’interagir avec les services de protection de l’enfance malgré leur désaccord, leurs réticences ou leur résistance (Hansen et al., 2024 ; Smith et al., 2012 ; Turney, 2012). Ce concept souligne les asymétries de pouvoir inhérentes à ces relations, dans lesquelles les professionnels disposent à la fois d’une autorité légale et d’un pouvoir discrétionnaire sur des décisions qui affectent considérablement la vie familiale (Hansen et al., 2024 ; Smith et al., 2012). Bien que les interventions de ces services soient officiellement fondées sur l’intérêt supérieur de l’enfant, les recherches montrent que les parents vivent souvent leurs échanges avec eux comme une expérience émotionnellement éprouvante, marquée par la peur, la colère et l’impuissance, en particulier lorsque les modalités de la relation et les procédures sont perçues comme peu respectueuses ou peu claires (Tembo et Studsrød, 2018). Les recherches antérieures ont documenté diverses manifestations de résistance dans les interactions avec les services de protection de l’enfance, façonnées par des facteurs relationnels, émotionnels et systémiques (Ferguson et al., 2020 ; Hunt et al., 2016). Cette résistance peut se manifester par une communication limitée ou ambivalente (Robson et al., 2014 ; Sudland, 2019), des menaces ou de l’agressivité (Littlechild, 2005 ; Hunt et al., 2016), des stratégies d’évitement (Turney, 2012) ou des plaintes formelles (Littlechild, 2005). Les recherches suggèrent également que le comportement des professionnels et leur manière de communiquer peuvent contribuer activement à façonner la résistance qu’ils rencontrent : l’interaction entre le travailleur social et le parent devient ainsi elle-même le lieu d’une dynamique d’escalade ou d’apaisement (Forrester et al., 2012). Platt (2012) soutient de même que l’engagement parental dépend à la fois de facteurs internes et de conditions externes, notamment de la nature de l’intervention et de la qualité relationnelle des pratiques de travail social. Des recherches norvégiennes ont décrit comment les interactions conflictuelles dans le cadre de la protection de l’enfance peuvent devenir particulièrement complexes et difficiles à gérer pour les professionnels, en raison de définitions imprécises, d’une escalade émotionnelle et d’une incertitude institutionnelle (Heggdalsvik et al., 2022). Selon Heggdalsvik et al. (2022), le caractère indéterminé de ces situations peut faire obstacle à l’action, le conflit lui-même risquant de reléguer au second plan les besoins des enfants comme les responsabilités des professionnels. Des tensions similaires apparaissent dans les recherches sur les services visant à préserver l’unité familiale : les travailleurs sociaux y décrivent leurs difficultés à concilier les exigences procédurales avec le travail relationnel nécessaire pour mobiliser les familles (Steens et al., 2018). Les asymétries de pouvoir occupent une place centrale dans ces interactions, puisque les professionnels de la protection de l’enfance sont censés apporter une aide tout en exerçant une autorité et un contrôle prévus par la loi. Les recherches sur les relations entre parents et professionnels montrent que le pouvoir ne réside pas uniquement dans l’autorité décisionnelle formelle : il s’exerce et se négocie également dans les interactions quotidiennes (Bundy-Fazioli et al., 2009 ; Saar-Heiman, 2023). Ces travaux montrent comment les idéaux de collaboration et d’accompagnement fondé sur la relation peuvent se heurter au vécu des parents, qui se sentent évalués, contrôlés ou insuffisamment associés aux décisions touchant leur vie familiale (Maiter et al., 2006). Des études récentes consacrées aux interactions des parents avec les services norvégiens de protection de l’enfance ont également établi des liens entre la méfiance et la peur, d’une part, et les processus d’évaluation, l’incertitude relationnelle et la double mission d’aide et de contrôle de ces services, d’autre part, notamment leur pouvoir d’engager des mesures coercitives (Hansen et al., 2024 ; Page et al., 2025 ; Terrefe, 2023, 2024). Ces observations soulignent la nécessité d’examiner la manière dont les professionnels de la protection de l’enfance interprètent eux-mêmes la résistance parentale dans le cadre de relations sous contrainte. Si les recherches antérieures ont étudié les manifestations de cette résistance ainsi que les conditions relationnelles et organisationnelles qui façonnent les réponses professionnelles (Ferguson et al., 2020 ; Hansen et al., 2024), elles ont peu exploré les processus par lesquels les professionnels de terrain donnent sens à son apparition et à sa persistance. Cette étude vise donc à examiner la manière dont les professionnels de la protection de l’enfance comprennent la résistance parentale dans les relations sous contrainte. READ MORE: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/cfs.70272 CITER Hansen, Heidi Aarum, and Tina Gerdts-Andresen. “Making Sense of Parental Resistance in Involuntary Child Welfare Relationships: Child Welfare Workers’ Perspectives.” Child & Family Social Work. First published August 31, 2026.

  • Mortalité à dix ans chez les femmes devenues mères pour la première fois et impliquées dans une procédure judiciaire de protection de l’enfance en Angleterre : étude de cohorte fondée sur le couplage

    Georgina Ireland Bianca De Stavola Ruth Gilbert Matthew A Jay Résumé Contexte Les procédures judiciaires de protection de l’enfance visent à retirer de la garde parentale les enfants exposés à un risque de préjudice. On dispose toutefois de peu de données sur la santé des mères concernées par ces procédures. Nous avons évalué la mortalité maternelle et les causes de décès au cours des dix années suivant une première naissance, en comparant les femmes devenues mères pour la première fois selon qu’elles avaient ou non été impliquées dans une procédure de protection. Méthodes À partir de données administratives couplées provenant des hôpitaux et des tribunaux de la famille, nous avons suivi pendant une durée maximale de dix ans une cohorte couvrant l’ensemble des femmes devenues mères pour la première fois entre 2007 et 2017. Nous avons calculé les taux de mortalité des mères avec et sans procédure de protection. Nous avons également examiné la proportion de décès potentiellement évitables — suicide, homicide, consommation de drogues ou d’alcool, traumatismes — et identifié les facteurs associés au décès après l’ouverture d’une procédure. Résultats Parmi les 2 775 835 femmes devenues mères pour la première fois, représentant 21 856 503 personnes-années de suivi, 28 405 (1,0 %) ont été concernées par une procédure de protection. Après cette procédure, 314 d’entre elles (1,1 %) sont décédées, contre 5 103 (0,2 %) parmi les mères non concernées. Le rapport de mortalité standardisé sur l’âge était de 21,0 (IC à 95 % : 14,3–27,7). Il était le plus faible chez les mères âgées de moins de 20 ans lors de leur première naissance (4,5 ; IC à 95 % : 3,5–5,9) et le plus élevé chez celles âgées de 30 à 34 ans (28,3 ; IC à 95 % : 21,3–37,5). Parmi les mères décédées après une procédure, 73 % des décès étaient potentiellement évitables, contre 28 % parmi celles n’ayant pas fait l’objet d’une procédure. Les facteurs associés au décès comprenaient un âge maternel plus avancé au moment de la procédure, la présence de problèmes de santé et les décisions judiciaires relatives au retrait de l’enfant. Conclusion Les femmes devenues mères pour la première fois et impliquées dans une procédure de protection de l’enfance présentaient, au cours des dix années suivantes, un risque de décès 21 fois supérieur à celui des mères du même âge non concernées. Les services de santé, les services sociaux et les tribunaux de la famille doivent prendre en charge l’extrême vulnérabilité sanitaire de ces mères avant, pendant et après la procédure. CITER Ireland, G., De Stavola, B., Gilbert, R., & Jay, M. A. (2026). 10-year mortality among first-time mothers involved in family court care proceedings in England: Cohort study using linked administrative hospital, mortality and family court records. Journal of Epidemiology & Community Health. Advance online publication. https://doi.org/10.1136/jech-2026-225930

  • Conséquences à l’âge adulte après un placement familial de longue durée : une approche fondée sur la comparaison entre frères et sœurs.

    Lars Brännström, Bo Vinnerljung, and Anders Hjern Lorsqu’un enfant est retiré de son foyer et placé en famille d’accueil, la société assume la responsabilité de son bien-être et de son développement. Ne pas lui offrir un environnement éducatif sécurisant et favorable peut entraîner des conséquences négatives, tant pour lui-même que pour la société. À partir des données longitudinales des registres suédois portant sur une cohorte nationale de fratries — dont certains enfants ont été placés en famille d’accueil tandis que d’autres sont restés auprès de leurs parents biologiques —, cette étude examine si le placement familial de longue durée améliore les perspectives de vie. Les résultats d’analyses de régression multiniveaux portant sur un large éventail d’indicateurs scolaires, sociaux et sanitaires à l’âge adulte — regroupés en seize catégories de résultats — concordent avec plusieurs études antérieures : le placement familial traditionnel de longue durée ne semble pas améliorer les perspectives de vie des enfants ayant subi des maltraitances. CITER Brännström, L., Vinnerljung, B., & Hjern, A. (2020). Outcomes in adulthood after long-term foster care: A sibling approach. Child Maltreatment, 25(4), 383–392. https://doi.org/10.1177/1077559519898755

  • L’impact du placement hors du milieu familial sur le développement cérébral : une brève revue des données neuroscientifiques éclairant notre compréhension des profils d’attachement chez l’enfant

    Paula S. Oliveira Les chercheurs qui s’intéressent aux effets des expériences précoces d’adversité dans les soins reçus ont eu recours aux méthodes neuroscientifiques afin de déterminer si, et de quelle manière, ces influences environnementales affectent le développement cérébral, ainsi que le rôle éventuel de ces effets dans les difficultés socioémotionnelles observées au sein de cette population. Les données établissent de manière convaincante les effets négatifs sur le développement neurologique individuel d’une exposition à des environnements défavorables ou délétères, tels que le placement en institution ou la maltraitance. Les recherches en neuro-imagerie portant spécifiquement sur le traitement de stimuli socioémotionnels liés à l’attachement et sur les profils d’attachement des enfants pris en charge sont plus rares, mais leurs résultats sont globalement convergents. Cette revue commence par synthétiser les principales altérations structurelles et fonctionnelles générales du cerveau associées à la privation de soins. Elle examine ensuite les données neuroscientifiques plus directement pertinentes pour comprendre les profils d’attachement de ces enfants, qu’il s’agisse d’études utilisant des stimuli sociaux ou mettant en relation leurs marqueurs neuronaux avec leurs profils d’attachement. Enfin, elle propose de brèves interprétations des résultats et relève les principales limites et lacunes de la littérature. CITER Oliveira, P. S. (2024). The impact of out-of-home care on brain development: A brief review of the neuroscientific evidence informing our understanding of children’s attachment outcomes. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 18, 1332898. https://doi.org/10.3389/fnbeh.2024.1332898 LIRE l'intégralité de l'article: https://www.frontiersin.org/journals/behavioral-neuroscience/articles/10.3389/fnbeh.2024.1332898/full

  • Divergences entre les déclarations des différents informateurs concernant la maltraitance des enfants : une revue systématique

    Daryl T. Cooley and Yo Jackson Les sources susceptibles de renseigner sur les maltraitances subies par un enfant comprennent le jeune concerné, les personnes qui s’occupent de lui, les travailleurs sociaux et les dossiers institutionnels. Lorsque ces différentes sources sont comparées, elles divergent souvent quant à l’existence même d’une maltraitance. Ces divergences sont déterminantes, car la reconnaissance — ou la non-reconnaissance — d’une maltraitance peut avoir des conséquences importantes sur la sécurité de l’enfant, ses futurs lieux de vie et son orientation vers des soins ou des services adaptés. Cette étude propose une revue systématique de la littérature consacrée aux divergences entre les sources d’information sur la maltraitance infantile. Trois bases de données — PsycINFO, Web of Science et PubMed — ont été consultées, et treize articles répondaient aux critères d’inclusion. Les résultats montrent que les jeunes rapportent davantage de violences physiques, sexuelles et émotionnelles que n’en font apparaître les dossiers. À l’inverse, les dossiers mentionnent davantage de situations de négligence que les jeunes eux-mêmes. Les implications de ces résultats et les orientations pour les recherches futures sont discutées. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1077559520966387?fbclid=IwY2xjawTHYRBleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEesfP0tf6WSsT0AhsVAVJrzwBc_hlOMb58EXPNMA-gRgii3uTWoc9r1sQlKU0_aem_NWQRDVyDq-roe6z6I318Sg CITER Cooley, D. T., & Jackson, Y. (2022). Informant discrepancies in child maltreatment reporting: A systematic review. Child Maltreatment, 27(1), 126–145. doi:10.1177/1077559520966387

  • La prévalence des abus sexuels sur enfants dans les placements hors du domicile familial : comparaison entre les abus commis en institution et en famille d’accueil

    Saskia Euser, Lenneke R A Alink, Anne Tharner, Marinus H van Ijzendoorn, Marian J Bakermans-Kranenburg Nous avons étudié la prévalence, au cours de l’année 2010, des violences sexuelles sur enfants dans les établissements résidentiels et les familles d’accueil, puis nous l’avons comparée à celle observée dans la population générale. Deux méthodes ont été utilisées pour l’estimer. Premièrement, 264 professionnels travaillant en établissement ou en famille d’accueil, désignés comme informateurs sentinelles, ont signalé les violences sexuelles concernant les enfants dont ils s’occupaient (N = 6 281). Deuxièmement, 329 adolescents accueillis dans ces structures ont rapporté leurs propres expériences de violences sexuelles. Les professionnels et les adolescents ont été sélectionnés aléatoirement dans 82 structures néerlandaises d’accueil extrafamilial. D’après les déclarations des professionnels sentinelles, 3,5 enfants sur 1 000 avaient subi des violences sexuelles. En revanche, 58 adolescents sur 1 000 ont déclaré en avoir été victimes. Les deux sources indiquaient une prévalence plus élevée dans l’accueil extrafamilial que dans la population générale, avec les taux les plus importants dans les établissements résidentiels. En famille d’accueil, les taux ne différaient pas de ceux de la population générale. Selon nos résultats, les enfants et les adolescents accueillis en établissement résidentiel présentent un risque accru de violences sexuelles par rapport à ceux placés en famille d’accueil. Toutefois, l’accueil familial ne protège pas entièrement les enfants contre ces violences et sa qualité doit donc, elle aussi, être encore améliorée. CITER Euser S, Alink LR, Tharner A, van Ijzendoorn MH, Bakermans-Kranenburg MJ. The prevalence of child sexual abuse in out-of-home care: a comparison between abuse in residential and in foster care. Child Maltreat. 2013 Nov;18(4):221-31. doi: 10.1177/1077559513489848 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23671258/

  • Antécédents de maltraitance chez les jeunes arrivant au terme d’un placement : comparaison entre les signalements officiels ayant fait l’objet d’une enquête et les déclarations des jeunes

    Judy Havlicek, Mark E. Courtney Cette étude a comparé les signalements officiels de maltraitance ayant fait l’objet d’une enquête aux déclarations rétrospectives des jeunes concernant les maltraitances subies avant et pendant leur placement hors du milieu familial. L’échantillon était composé de jeunes placés dans l’Illinois ayant atteint l’âge de la majorité alors qu’ils étaient encore pris en charge. Les chercheurs ont croisé les données administratives et les déclarations de 474 jeunes interrogés une première fois entre 17 et 18 ans dans le cadre de la Midwest Evaluation of Adult Functioning of Former Foster Youth — appelée « étude Midwest » — ainsi que celles de 386 jeunes interrogés de nouveau à 19 ans. Les résultats montrent des différences importantes entre les rapports officiels et les déclarations des jeunes concernant les maltraitances survenues avant et pendant le placement. Cette étude permet de mieux comprendre les divergences entre les méthodes de mesure et contribue à évaluer l’ampleur des maltraitances subies par ce sous-groupe de jeunes quittant le système de placement à l’entrée dans l’âge adulte. Ses résultats ont des implications pour les politiques et les pratiques destinées à accompagner les jeunes vers l’autonomie au sein du système de protection de l’enfance. CITER Havlicek, J., & Courtney, M. E. (2016). Maltreatment histories of aging out foster youth: A comparison of official investigated reports and self-reports of maltreatment prior to and during out-of-home care. Child Abuse & Neglect, 52, 110–122. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2015.12.006

  • Mesurer la polyvictimisation autodéclarée dans les recherches sur les jeunes placés en famille d’accueil : une revue systématique.

    Alysse M. Loomis, Megan Feely, Stephanie Kennedy Les jeunes qui sont ou ont été placés présentent un risque accru de connaître des difficultés au début de l’âge adulte. Alors que l’importance et la complexité des expériences de victimisation — notamment leur nature, le moment où elles surviennent et l’identité de leurs auteurs — sont de mieux en mieux comprises, on ignore encore si, et dans quelle mesure, les recherches consacrées aux jeunes placés évaluent la polyvictimisation. De nombreuses formes de victimisation, telles que l’exposition à la violence dans l’environnement social, sont sous-déclarées ou absentes des données administratives habituellement utilisées dans ces recherches. Les déclarations des jeunes eux-mêmes sont donc nécessaires pour évaluer la polyvictimisation de manière suffisamment complète. Bien que celle-ci accroisse le risque de conséquences défavorables, elle reste peu mesurée chez les jeunes placés. Cette lacune s’explique probablement, au moins en partie, par le recours fréquent aux dossiers administratifs pour évaluer la maltraitance, alors que ceux-ci ne rendent pas compte de l’ensemble des expériences de victimisation. La quasi-totalité des études retenues (n = 16) mesurait, à partir des déclarations des jeunes, plusieurs formes de victimisation. Les plus fréquemment étudiées étaient les violences sexuelles (n = 15), les violences physiques (n = 14) et la négligence physique (n = 11). La moitié des études (n = 9) évaluait au moins une expérience de victimisation ne relevant pas directement de la maltraitance, comme l’exposition à la violence dans l’environnement social ou les violences dans les relations amoureuses. En revanche, les études examinaient rarement d’autres dimensions importantes, notamment le moment où les violences avaient été subies — avant ou pendant le placement — alors que les recherches montrent que cette temporalité peut influer sur leurs conséquences. Il s’agit de la première revue systématique consacrée à la mesure de la polyvictimisation autodéclarée dans les recherches portant sur des jeunes actuellement ou anciennement placés. Compte tenu du caractère encore incomplet de cette évaluation, les résultats plaident fortement en faveur de la création ou de l’adaptation d’outils spécifiquement destinés à ces jeunes. Ces outils devraient intégrer des dimensions propres à la protection de l’enfance, notamment le moment où les expériences de victimisation surviennent et l’identité de leurs auteurs. CITER Loomis, A. M., Feely, M., & Kennedy, S. (2020). Measuring self-reported polyvictimization in foster youth research: A systematic review. Child Abuse & Neglect, 107, Article 104588. doi:10.1016/j.chiabu.2020.104588. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S014521342030243X?fbclid=IwY2xjawTHXURleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEedHbYrjG0aztE7IBUWzvGuFeDxX8k58tVKQvsFjaROMfoLYvOVmWIuBzMFzo_aem_SFQDNguDjbIhsnfZsJ1d3A&via%3Dihub

  • Mortalité évitable chez les parents dont les enfants ont été placés en Suède : une étude en population

    Elizabeth Wall-Wieler, Bo Vinnerljung, Can Liu, Leslie L. Roos, Anders Hjern Résumé Contexte La séparation d’avec son enfant peut avoir des conséquences importantes sur la santé et le bien-être des parents. Nous avons cherché à déterminer si les parents dont les enfants avaient été placés présentaient des taux plus élevés de mortalité évitable. Méthodes Les données proviennent des registres nationaux suédois. Les taux de mortalité parmi les parents dont les enfants ont été placés entre 1990 et 2012 (17 503 mères et 18 298 pères) ont été comparés à ceux d’une cohorte appariée selon un ratio de 1:5 de parents dont les enfants n’avaient pas été placés. Nous avons calculé les différences de taux ainsi que les rapports de risque (HR) pour la mortalité toutes causes confondues et pour la mortalité évitable. Résultats Chez les mères, les décès dus à des causes prévenables  étaient 3,09 fois plus élevés (IC à 95 % : 2,24 à 4,26) et les décès dus à des causes évitables par les soins  étaient 3,04 fois plus élevés (IC à 95 % : 2,03 à 4,57) chez celles dont les enfants avaient été placés.Chez les pères, les décès dus à des causes prévenables étaient 1,64 fois plus élevés (IC à 95 % : 1,32 à 2,02) et les décès dus à des causes évitables par les soins étaient 1,84 fois plus élevés (IC à 95 % : 1,33 à 2,55) chez ceux dont les enfants avaient été placés.Les taux de mortalité évitable étaient plus élevés chez les mères dont les enfants étaient jeunes au moment du placement, ainsi que chez les parents dont tous les enfants avaient été placés. Conclusions Les parents ayant connu le placement d’un enfant hors du foyer présentent un risque plus élevé de mortalité évitable. Les interventions ciblant les mères dont un enfant de moins de 13 ans a été placé, ainsi que les parents dont tous les enfants ont été placés, pourraient avoir l’impact le plus important pour réduire la mortalité évitable dans cette population. CITER Wall-Wieler, E., Vinnerljung, B., Liu, C., Roos, L. L., & Hjern, A. (2018c). Avoidable mortality among parents whose children were placed in care in Sweden: A population-based study. Journal of Epidemiology and Community Health, 72 (12), 1091–1098. https://doi.org/10.1136/jech-2018-210672

  • LES PÈRES FACE AU PLACEMENT DES ENFANTS : UN ANGLE MORT ÉPIDÉMIOLOGIQUE

    Liviu Poenaru, PhD Mars 2026 L’état des connaissances concernant les pères dans le champ de la protection de l’enfance demeure marqué par une asymétrie méthodologique profonde. Chez les mères, des études de cohorte robustes ont déjà objectivé des effets sévères du retrait d’un enfant sur la santé mentale et sur la mortalité. La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance a ainsi été associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler et al., 2018a). Par ailleurs, les mères dont un enfant a été placé présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al., 2018b). Et si les pères vivaient des effets similaires, mais passaient sous les radars en raison même de leur invisibilisation dans les études ? La littérature les concernant existe, mais elle reste beaucoup plus fragmentaire, dispersée et méthodologiquement plus faible que celle consacrée aux mères. Il faut d’emblée préciser que la frontière entre placement, perte de garde et séparation involontaire parent-enfant peut être plus nette sur le plan administratif que sur le plan clinique. Pour les sujets concernés, ce qui ravage n’est pas seulement la qualification juridique de la mesure, mais la séparation elle-même : rupture du lien, impossibilité de maintenir un contact naturel, spontané et continu avec l’enfant, et désorganisation durable de la relation parent-enfant (Broadhurst & Mason, 2017 ; Burrow et al., 2024). Les données les plus robustes concernent aujourd’hui le placement et les procédures publiques de protection. Toutefois, sur le plan clinique, d’autres configurations de séparation imposée — notamment lorsque le droit de visite devient résiduel ou que la garde exclusive aboutit à une privation substantielle du lien — peuvent relever de mécanismes analogues de rupture pathogène, sans que cette extension dispose encore d’une documentation épidémiologique comparable. Sur le plan institutionnel, les pères sont structurellement moins intégrés dans les dispositifs de protection de l’enfance : moins identifiés, moins sollicités et moins impliqués dans les décisions (Bellamy, 2009 ; Maxwell et al., 2012 ; Brandon et al., 2019). Cette marginalisation produit aussi un effet de connaissance : moins les pères sont repérés et suivis, moins ils apparaissent dans les données, et plus leur invisibilisation scientifique se renforce. Les travaux empiriques disponibles sur les pères suggèrent pourtant que leur souffrance est loin d’être négligeable. Baum et Negbi (2013), à partir d’entretiens approfondis avec quinze pères, montrent que le retrait judiciaire de l’enfant peut être vécu comme un événement traumatique qui dévalue radicalement le sujet et atteint le cœur même de son identité paternelle. Philip et al. (2024), dans le contexte des procédures répétées, décrivent quant à eux des expériences de deuil, de honte, de perte et d’effondrement émotionnel chez des pères confrontés à des retraits successifs. Lee et al. (2018) montrent aussi que les pères non résidentiels d’enfants placés présentent des trajectoires hétérogènes, mais que leur implication dépend fortement des modalités d’identification et d’engagement par les services. Autrement dit, les trajectoires paternelles ne sont pas seulement le produit de dispositions individuelles ; elles sont aussi co-produites par des dispositifs qui les reconnaissent peu et les mobilisent mal. Il faut toutefois corriger une simplification possible : dire que rien n’existe sur les pères serait faux. Ce qui manque, plus précisément, c’est un corpus aussi dense et aussi ciblé sur les pères que celui qui existe déjà pour certaines cohortes maternelles. Une étude populationnelle suédoise sur les parents dont les enfants ont été placés montre néanmoins déjà que les pères concernés présentent eux aussi une mortalité évitable plus élevée que les pères dont les enfants n’ont pas été placés (Wall-Wieler et al., 2018c). Il existe par ailleurs des études sur les parents au sens large, et elles sont importantes précisément parce qu’elles permettent de sortir d’une opposition trop rigide entre mères documentées et pères invisibles. Broadhurst et Mason (2017) ont proposé un cadre des conséquences collatérales du retrait judiciaire d’enfant, montrant que ce type de mesure ne produit pas seulement une perte affective, mais aussi des effets de stigmatisation, d’exclusion sociale et de disqualification durable. De leur côté, Grant et al. (2023), dans une revue de portée sur la santé des parents impliqués dans les procédures publiques de protection, concluent que les parents présentent souvent des besoins complexes de santé et de soutien social antérieurs aux procédures, mais que les études disponibles suggèrent aussi une aggravation de ces problèmes après le retrait de l’enfant, avec détérioration de la santé mentale et mortalité évitable. Le problème n’est donc pas seulement que les pères soient moins étudiés ; c’est aussi que les effets systémiques de la séparation soient encore trop souvent sous-théorisés. Dans ma propre pratique clinique et dans mes engagements politiques, j’ai rencontré de nombreux pères souffrant de problématiques qui recoupent fortement ce que la littérature commence à laisser apparaître. J’ai constaté de manière répétée la non-reconnaissance de la fracture générée par la séparation involontaire parent-enfant dans le cadre des expertises psychiatriques et des décisions administratives et judiciaires. J’ai également observé des trajectoires de précarisation sociale et professionnelle, d’endettement, de marginalisation, de désaffiliation, ainsi qu’une fragilisation massive des mécanismes psychologiques, allant jusqu’à la récurrence d’idées suicidaires et à l’émergence de scénarios de violence. Ce matériau ne constitue évidemment pas une preuve épidémiologique. Mais il révèle une réalité clinique et politique encore largement sous-estimée, sous-théorisée et trop souvent psychologisée à tort, comme si elle relevait d’une simple défaillance individuelle, alors que la séparation imposée produit en elle-même une fracture massive que les expertises et les acteurs de la protection continuent largement de méconnaître. La revue systématique de Burrow et al. (2024) apporte ici un éclairage particulièrement important, car elle montre que, malgré la diversité des contextes nationaux, les expériences parentales face aux procédures périnatales de protection de l’enfance présentent une forte cohérence structurelle. Au niveau individuel, les parents décrivent l’amour, l’espoir, la confusion, la peur, la capacité d’agir et l’angoisse. Au niveau relationnel, ils évoquent la rupture du lien parent-bébé, le manque de soutien personnel et professionnel, ainsi que l’impact du trauma et de la confiance dans les relations avec les professionnels. Dans leurs interactions avec les institutions, ils rapportent une surveillance omniprésente, des procédures vécues comme préjudiciables, une communication insuffisante et d’importants déséquilibres de pouvoir. Enfin, aux niveaux politique et sociétal, leurs expériences mettent en évidence le poids de normes dominantes, l’augmentation de la pauvreté et du sans-abrisme, l’atteinte aux droits et l’existence de politiques marquées par des biais. Cette revue ne fournit pas une épidémiologie spécifique des pères, mais elle confirme que la souffrance parentale dans ces contextes ne peut pas être réduite à des variables individuelles isolées. Elle laisse plutôt apparaître une co-construction de pathologies individuelles et institutionnelles : la fracture produite par la rupture est peu ou pas reconnue, tandis que ses effets sont presque toujours relus comme l’expression d’une pathologie parentale antérieure, et rarement comme le produit d’un fonctionnement institutionnel lui-même pathogène. Dans cette perspective, demander si les pères souffrent ou non du placement revient déjà à mal poser le problème. La question n’est pas celle d’une absence de souffrance, mais celle de son invisibilisation méthodologique, clinique et théorique. Les données disponibles indiquent déjà que les pères peuvent être affectés par des processus de désorganisation psychique, de disqualification relationnelle et de dégradation sociale, bien que les dispositifs de connaissance demeurent très en retrait par rapport à ceux consacrés aux mères. Il devient donc nécessaire de constituer cette invisibilisation en problème scientifique à part entière, à travers des recherches cliniques, sociales et épidémiologiques capables d’intégrer les pères sans effacer les différences de trajectoires, de positions institutionnelles et de rapports au lien. Tant que cela n’est pas fait, l’angle mort continuera d’alimenter les formes ordinaires de banalisation institutionnelle de la séparation involontaire parent-enfant. Références Baum, N., & Negbi, I. (2013). Children removed from home by court order: Fathers’ disenfranchised grief and reclamation of paternal functions. Children and Youth Services Review, 35 (10), 1679–1686. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2013.07.003 Bellamy, J. L. (2009). A national study of male involvement among families in contact with the child welfare system. Child Maltreatment, 14 (3), 255–262. https://doi.org/10.1177/1077559508326288 Brandon, M., Philip, G., & Clifton, J. (2019). Men as fathers in child protection. Australian Social Work, 72 (4), 447–460. https://doi.org/10.1080/0312407X.2019.1627469 Broadhurst, K., & Mason, C. (2017). Birth parents and the collateral consequences of court-ordered child removal: Towards a comprehensive framework. International Journal of Law, Policy and the Family, 31 (1), 41–59. https://doi.org/10.1093/lawfam/ebw013 Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960 Grant, C., Radley, J., Philip, G., Lacey, R., Blackburn, R., Powell, C., & Woodman, J. (2023). Parental health in the context of public family care proceedings: A scoping review of evidence and interventions. Child Abuse & Neglect, 140 , 106160. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2023.106160 Lee, Y., Fagan, J. S., & Icard, L. D. (2018). Nonresidential fathers with children in foster care: A descriptive study in the United States. Child & Family Social Work, 23 (1), 146–154. https://doi.org/10.1111/cfs.12393 Maxwell, N., Scourfield, J., Featherstone, B., Holland, S., & Tolman, R. (2012). Engaging fathers in child welfare services: A narrative review of recent research evidence. Child & Family Social Work, 17 (2), 160–169. https://doi.org/10.1111/j.1365-2206.2012.00827.x Philip, G., Youansamouth, L., Broadhurst, K., Clifton, J., Bedston, S., Hu, Y., & Brandon, M. (2024). ‘When they were taken it is like grieving’: Understanding and responding to the emotional impact of repeat care proceedings on fathers. Child & Family Social Work, 29 (1), 185–194. https://doi.org/10.1111/cfs.13061 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Bolton, J., Brownell, M., Nickel, N., & Chateau, D. (2018a). Maternal mental health after custody loss and death of a child: A retrospective cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (5), 322–328. https://doi.org/10.1177/0706743717738494 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Nickel, N. C., Chateau, D., & Brownell, M. D. (2018b). Mortality among mothers whose children were taken into care by child protection services: A discordant sibling analysis. American Journal of Epidemiology, 187 (6), 1182–1188. https://doi.org/10.1093/aje/kwy062 Wall-Wieler, E., Vinnerljung, B., Liu, C., Roos, L. L., & Hjern, A. (2018c). Avoidable mortality among parents whose children were placed in care in Sweden: A population-based study. Journal of Epidemiology and Community Health, 72 (12), 1091–1098. https://doi.org/10.1136/jech-2018-210672

  • Le retrait d’un enfant comme porte d’entrée vers des adversités supplémentaires : récits de mères biologiques sur les conséquences collatérales immédiates et durables du retrait d’enfant

    Karen  Broadhurst , k.broadhurst@lancaster.ac.uk  and Claire Mason Déc. 2019 Résumé Cet article se concentre sur les conséquences immédiates et durables du retrait d’enfant, du point de vue des mères biologiques. Il s’appuie sur les travaux théoriques antérieurs des auteurs concernant les conséquences collatérales du retrait d’enfant et la vulnérabilité des femmes à des comparutions répétées devant les tribunaux familiaux. Les données proviennent d’entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de 72 mères biologiques dans sept territoires administratifs locaux, et sont ici réexaminées afin de permettre une analyse ciblée des effets à court et à long terme du retrait d’enfant. L’analyse s’inspire de la phénoménologie, notamment de son intérêt pour les récits collectifs d’expérience et pour la production de généralisations modérées. Toutes les femmes participant à l’étude avaient connu des retraits répétés de leurs enfants par les tribunaux familiaux, ou étaient impliquées dans des procédures de protection de l’enfance concernant un enfant à naître après avoir déjà perdu un enfant. Les mères décrivent une crise psychosociale immédiate à la suite du retrait, mais aussi le caractère cumulatif et durable des difficultés rencontrées. À partir de leurs récits, les auteurs mettent en évidence l’ampleur du défi de reconstruction pour des femmes marquées par des trajectoires prolongées de désavantage social et disposant de statuts sociaux fragiles et limités. La perte de rôle et les conséquences d’exclusion liées au retrait d’enfant apparaissent particulièrement marquées, en raison de l’accès restreint des femmes aux ressources de protection. Une série claire de recommandations à destination des services est proposée dans la discussion finale. L’ampleur des difficultés rencontrées par ces femmes doit être reconnue par les dispositifs visant la reconstruction, afin de réduire le risque de procédures répétées devant les tribunaux familiaux. CITER Broadhurst, K., & Mason, C. (2020). Child removal as the gateway to further adversity: Birth mother accounts of the immediate and enduring collateral consequences of child removal. Qualitative Social Work , 19 (1), 15-37. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1473325019893412 FULL ARTICLE : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1473325019893412

 

KEY FINDINGS

La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance est associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler, 2018).

​​

Le placement hors du domicile a aggravé l’état de santé des enfants ainsi que leurs trajectoires dans le système judiciaire (Brownell et al., 2024).

Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans (Hjern et al., 2024).

Les mères dont un enfant a été placé par les services de protection de l’enfance présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al. 2018).

Les résultats d’analyses de régression multiniveaux portant sur un large éventail d’indicateurs scolaires, sociaux et sanitaires à l’âge adulte — regroupés en seize catégories de résultats — concordent avec plusieurs études antérieures : le placement familial traditionnel de longue durée ne semble pas améliorer les perspectives de vie des enfants ayant subi des maltraitances (Brännström, Vinnerljung, and Hjern, 2020)

Chez les enfants ayant vécu en institution, les études rapportent notamment des volumes réduits de substance grise et blanche, une altération de l’intégrité de la substance blanche, ainsi que des différences dans l’activité électrique cérébrale et dans les circuits impliqués dans le traitement des émotions et de la menace (Oliveira, 2024).

Les femmes devenues mères pour la première fois et impliquées dans une procédure de protection de l’enfance présentaient, au cours des dix années suivantes, un risque de décès 21 fois supérieur à celui des mères du même âge non concernées (Ireland et al., 2026).

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