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- Mortalité évitable chez les parents dont les enfants ont été placés en Suède : une étude en population
Elizabeth Wall-Wieler, Bo Vinnerljung, Can Liu, Leslie L. Roos, Anders Hjern Résumé Contexte La séparation d’avec son enfant peut avoir des conséquences importantes sur la santé et le bien-être des parents. Nous avons cherché à déterminer si les parents dont les enfants avaient été placés présentaient des taux plus élevés de mortalité évitable. Méthodes Les données proviennent des registres nationaux suédois. Les taux de mortalité parmi les parents dont les enfants ont été placés entre 1990 et 2012 (17 503 mères et 18 298 pères) ont été comparés à ceux d’une cohorte appariée selon un ratio de 1:5 de parents dont les enfants n’avaient pas été placés. Nous avons calculé les différences de taux ainsi que les rapports de risque (HR) pour la mortalité toutes causes confondues et pour la mortalité évitable. Résultats Chez les mères, les décès dus à des causes prévenables étaient 3,09 fois plus élevés (IC à 95 % : 2,24 à 4,26) et les décès dus à des causes évitables par les soins étaient 3,04 fois plus élevés (IC à 95 % : 2,03 à 4,57) chez celles dont les enfants avaient été placés.Chez les pères, les décès dus à des causes prévenables étaient 1,64 fois plus élevés (IC à 95 % : 1,32 à 2,02) et les décès dus à des causes évitables par les soins étaient 1,84 fois plus élevés (IC à 95 % : 1,33 à 2,55) chez ceux dont les enfants avaient été placés.Les taux de mortalité évitable étaient plus élevés chez les mères dont les enfants étaient jeunes au moment du placement, ainsi que chez les parents dont tous les enfants avaient été placés. Conclusions Les parents ayant connu le placement d’un enfant hors du foyer présentent un risque plus élevé de mortalité évitable. Les interventions ciblant les mères dont un enfant de moins de 13 ans a été placé, ainsi que les parents dont tous les enfants ont été placés, pourraient avoir l’impact le plus important pour réduire la mortalité évitable dans cette population. CITER Wall-Wieler, E., Vinnerljung, B., Liu, C., Roos, L. L., & Hjern, A. (2018c). Avoidable mortality among parents whose children were placed in care in Sweden: A population-based study. Journal of Epidemiology and Community Health, 72 (12), 1091–1098. https://doi.org/10.1136/jech-2018-210672
- LES PÈRES FACE AU PLACEMENT DES ENFANTS : UN ANGLE MORT ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Liviu Poenaru, PhD Mars 2026 L’état des connaissances concernant les pères dans le champ de la protection de l’enfance demeure marqué par une asymétrie méthodologique profonde. Chez les mères, des études de cohorte robustes ont déjà objectivé des effets sévères du retrait d’un enfant sur la santé mentale et sur la mortalité. La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance a ainsi été associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler et al., 2018a). Par ailleurs, les mères dont un enfant a été placé présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al., 2018b). Et si les pères vivaient des effets similaires, mais passaient sous les radars en raison même de leur invisibilisation dans les études ? La littérature les concernant existe, mais elle reste beaucoup plus fragmentaire, dispersée et méthodologiquement plus faible que celle consacrée aux mères. Il faut d’emblée préciser que la frontière entre placement, perte de garde et séparation involontaire parent-enfant peut être plus nette sur le plan administratif que sur le plan clinique. Pour les sujets concernés, ce qui ravage n’est pas seulement la qualification juridique de la mesure, mais la séparation elle-même : rupture du lien, impossibilité de maintenir un contact naturel, spontané et continu avec l’enfant, et désorganisation durable de la relation parent-enfant (Broadhurst & Mason, 2017 ; Burrow et al., 2024). Les données les plus robustes concernent aujourd’hui le placement et les procédures publiques de protection. Toutefois, sur le plan clinique, d’autres configurations de séparation imposée — notamment lorsque le droit de visite devient résiduel ou que la garde exclusive aboutit à une privation substantielle du lien — peuvent relever de mécanismes analogues de rupture pathogène, sans que cette extension dispose encore d’une documentation épidémiologique comparable. Sur le plan institutionnel, les pères sont structurellement moins intégrés dans les dispositifs de protection de l’enfance : moins identifiés, moins sollicités et moins impliqués dans les décisions (Bellamy, 2009 ; Maxwell et al., 2012 ; Brandon et al., 2019). Cette marginalisation produit aussi un effet de connaissance : moins les pères sont repérés et suivis, moins ils apparaissent dans les données, et plus leur invisibilisation scientifique se renforce. Les travaux empiriques disponibles sur les pères suggèrent pourtant que leur souffrance est loin d’être négligeable. Baum et Negbi (2013), à partir d’entretiens approfondis avec quinze pères, montrent que le retrait judiciaire de l’enfant peut être vécu comme un événement traumatique qui dévalue radicalement le sujet et atteint le cœur même de son identité paternelle. Philip et al. (2024), dans le contexte des procédures répétées, décrivent quant à eux des expériences de deuil, de honte, de perte et d’effondrement émotionnel chez des pères confrontés à des retraits successifs. Lee et al. (2018) montrent aussi que les pères non résidentiels d’enfants placés présentent des trajectoires hétérogènes, mais que leur implication dépend fortement des modalités d’identification et d’engagement par les services. Autrement dit, les trajectoires paternelles ne sont pas seulement le produit de dispositions individuelles ; elles sont aussi co-produites par des dispositifs qui les reconnaissent peu et les mobilisent mal. Il faut toutefois corriger une simplification possible : dire que rien n’existe sur les pères serait faux. Ce qui manque, plus précisément, c’est un corpus aussi dense et aussi ciblé sur les pères que celui qui existe déjà pour certaines cohortes maternelles. Une étude populationnelle suédoise sur les parents dont les enfants ont été placés montre néanmoins déjà que les pères concernés présentent eux aussi une mortalité évitable plus élevée que les pères dont les enfants n’ont pas été placés (Wall-Wieler et al., 2018c). Il existe par ailleurs des études sur les parents au sens large, et elles sont importantes précisément parce qu’elles permettent de sortir d’une opposition trop rigide entre mères documentées et pères invisibles. Broadhurst et Mason (2017) ont proposé un cadre des conséquences collatérales du retrait judiciaire d’enfant, montrant que ce type de mesure ne produit pas seulement une perte affective, mais aussi des effets de stigmatisation, d’exclusion sociale et de disqualification durable. De leur côté, Grant et al. (2023), dans une revue de portée sur la santé des parents impliqués dans les procédures publiques de protection, concluent que les parents présentent souvent des besoins complexes de santé et de soutien social antérieurs aux procédures, mais que les études disponibles suggèrent aussi une aggravation de ces problèmes après le retrait de l’enfant, avec détérioration de la santé mentale et mortalité évitable. Le problème n’est donc pas seulement que les pères soient moins étudiés ; c’est aussi que les effets systémiques de la séparation soient encore trop souvent sous-théorisés. Dans ma propre pratique clinique et dans mes engagements politiques, j’ai rencontré de nombreux pères souffrant de problématiques qui recoupent fortement ce que la littérature commence à laisser apparaître. J’ai constaté de manière répétée la non-reconnaissance de la fracture générée par la séparation involontaire parent-enfant dans le cadre des expertises psychiatriques et des décisions administratives et judiciaires. J’ai également observé des trajectoires de précarisation sociale et professionnelle, d’endettement, de marginalisation, de désaffiliation, ainsi qu’une fragilisation massive des mécanismes psychologiques, allant jusqu’à la récurrence d’idées suicidaires et à l’émergence de scénarios de violence. Ce matériau ne constitue évidemment pas une preuve épidémiologique. Mais il révèle une réalité clinique et politique encore largement sous-estimée, sous-théorisée et trop souvent psychologisée à tort, comme si elle relevait d’une simple défaillance individuelle, alors que la séparation imposée produit en elle-même une fracture massive que les expertises et les acteurs de la protection continuent largement de méconnaître. La revue systématique de Burrow et al. (2024) apporte ici un éclairage particulièrement important, car elle montre que, malgré la diversité des contextes nationaux, les expériences parentales face aux procédures périnatales de protection de l’enfance présentent une forte cohérence structurelle. Au niveau individuel, les parents décrivent l’amour, l’espoir, la confusion, la peur, la capacité d’agir et l’angoisse. Au niveau relationnel, ils évoquent la rupture du lien parent-bébé, le manque de soutien personnel et professionnel, ainsi que l’impact du trauma et de la confiance dans les relations avec les professionnels. Dans leurs interactions avec les institutions, ils rapportent une surveillance omniprésente, des procédures vécues comme préjudiciables, une communication insuffisante et d’importants déséquilibres de pouvoir. Enfin, aux niveaux politique et sociétal, leurs expériences mettent en évidence le poids de normes dominantes, l’augmentation de la pauvreté et du sans-abrisme, l’atteinte aux droits et l’existence de politiques marquées par des biais. Cette revue ne fournit pas une épidémiologie spécifique des pères, mais elle confirme que la souffrance parentale dans ces contextes ne peut pas être réduite à des variables individuelles isolées. Elle laisse plutôt apparaître une co-construction de pathologies individuelles et institutionnelles : la fracture produite par la rupture est peu ou pas reconnue, tandis que ses effets sont presque toujours relus comme l’expression d’une pathologie parentale antérieure, et rarement comme le produit d’un fonctionnement institutionnel lui-même pathogène. Dans cette perspective, demander si les pères souffrent ou non du placement revient déjà à mal poser le problème. La question n’est pas celle d’une absence de souffrance, mais celle de son invisibilisation méthodologique, clinique et théorique. Les données disponibles indiquent déjà que les pères peuvent être affectés par des processus de désorganisation psychique, de disqualification relationnelle et de dégradation sociale, bien que les dispositifs de connaissance demeurent très en retrait par rapport à ceux consacrés aux mères. Il devient donc nécessaire de constituer cette invisibilisation en problème scientifique à part entière, à travers des recherches cliniques, sociales et épidémiologiques capables d’intégrer les pères sans effacer les différences de trajectoires, de positions institutionnelles et de rapports au lien. Tant que cela n’est pas fait, l’angle mort continuera d’alimenter les formes ordinaires de banalisation institutionnelle de la séparation involontaire parent-enfant. Références Baum, N., & Negbi, I. (2013). Children removed from home by court order: Fathers’ disenfranchised grief and reclamation of paternal functions. Children and Youth Services Review, 35 (10), 1679–1686. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2013.07.003 Bellamy, J. L. (2009). A national study of male involvement among families in contact with the child welfare system. Child Maltreatment, 14 (3), 255–262. https://doi.org/10.1177/1077559508326288 Brandon, M., Philip, G., & Clifton, J. (2019). Men as fathers in child protection. Australian Social Work, 72 (4), 447–460. https://doi.org/10.1080/0312407X.2019.1627469 Broadhurst, K., & Mason, C. (2017). Birth parents and the collateral consequences of court-ordered child removal: Towards a comprehensive framework. International Journal of Law, Policy and the Family, 31 (1), 41–59. https://doi.org/10.1093/lawfam/ebw013 Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960 Grant, C., Radley, J., Philip, G., Lacey, R., Blackburn, R., Powell, C., & Woodman, J. (2023). Parental health in the context of public family care proceedings: A scoping review of evidence and interventions. Child Abuse & Neglect, 140 , 106160. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2023.106160 Lee, Y., Fagan, J. S., & Icard, L. D. (2018). Nonresidential fathers with children in foster care: A descriptive study in the United States. Child & Family Social Work, 23 (1), 146–154. https://doi.org/10.1111/cfs.12393 Maxwell, N., Scourfield, J., Featherstone, B., Holland, S., & Tolman, R. (2012). Engaging fathers in child welfare services: A narrative review of recent research evidence. Child & Family Social Work, 17 (2), 160–169. https://doi.org/10.1111/j.1365-2206.2012.00827.x Philip, G., Youansamouth, L., Broadhurst, K., Clifton, J., Bedston, S., Hu, Y., & Brandon, M. (2024). ‘When they were taken it is like grieving’: Understanding and responding to the emotional impact of repeat care proceedings on fathers. Child & Family Social Work, 29 (1), 185–194. https://doi.org/10.1111/cfs.13061 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Bolton, J., Brownell, M., Nickel, N., & Chateau, D. (2018a). Maternal mental health after custody loss and death of a child: A retrospective cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (5), 322–328. https://doi.org/10.1177/0706743717738494 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Nickel, N. C., Chateau, D., & Brownell, M. D. (2018b). Mortality among mothers whose children were taken into care by child protection services: A discordant sibling analysis. American Journal of Epidemiology, 187 (6), 1182–1188. https://doi.org/10.1093/aje/kwy062 Wall-Wieler, E., Vinnerljung, B., Liu, C., Roos, L. L., & Hjern, A. (2018c). Avoidable mortality among parents whose children were placed in care in Sweden: A population-based study. Journal of Epidemiology and Community Health, 72 (12), 1091–1098. https://doi.org/10.1136/jech-2018-210672
- Le retrait d’un enfant comme porte d’entrée vers des adversités supplémentaires : récits de mères biologiques sur les conséquences collatérales immédiates et durables du retrait d’enfant
Karen Broadhurst , k.broadhurst@lancaster.ac.uk and Claire Mason Déc. 2019 Résumé Cet article se concentre sur les conséquences immédiates et durables du retrait d’enfant, du point de vue des mères biologiques. Il s’appuie sur les travaux théoriques antérieurs des auteurs concernant les conséquences collatérales du retrait d’enfant et la vulnérabilité des femmes à des comparutions répétées devant les tribunaux familiaux. Les données proviennent d’entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de 72 mères biologiques dans sept territoires administratifs locaux, et sont ici réexaminées afin de permettre une analyse ciblée des effets à court et à long terme du retrait d’enfant. L’analyse s’inspire de la phénoménologie, notamment de son intérêt pour les récits collectifs d’expérience et pour la production de généralisations modérées. Toutes les femmes participant à l’étude avaient connu des retraits répétés de leurs enfants par les tribunaux familiaux, ou étaient impliquées dans des procédures de protection de l’enfance concernant un enfant à naître après avoir déjà perdu un enfant. Les mères décrivent une crise psychosociale immédiate à la suite du retrait, mais aussi le caractère cumulatif et durable des difficultés rencontrées. À partir de leurs récits, les auteurs mettent en évidence l’ampleur du défi de reconstruction pour des femmes marquées par des trajectoires prolongées de désavantage social et disposant de statuts sociaux fragiles et limités. La perte de rôle et les conséquences d’exclusion liées au retrait d’enfant apparaissent particulièrement marquées, en raison de l’accès restreint des femmes aux ressources de protection. Une série claire de recommandations à destination des services est proposée dans la discussion finale. L’ampleur des difficultés rencontrées par ces femmes doit être reconnue par les dispositifs visant la reconstruction, afin de réduire le risque de procédures répétées devant les tribunaux familiaux. CITER Broadhurst, K., & Mason, C. (2020). Child removal as the gateway to further adversity: Birth mother accounts of the immediate and enduring collateral consequences of child removal. Qualitative Social Work , 19 (1), 15-37. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1473325019893412 FULL ARTICLE : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1473325019893412
- RÉSULTATS À L’ÂGE ADULTE APRÈS UN PLACEMENT FAMILIAL À LONG TERME : UNE APPROCHE PAR FRATRIE
Jan. 2020 Lars Brännström ; lars.brannstrom@socarb.su.se ; Bo Vinnerljung ; Anders Hjern Résumé Lorsqu’un enfant est retiré de son domicile et placé en famille d’accueil, la société assume la responsabilité de son bien-être et de son développement. L’incapacité à offrir à cet enfant un environnement éducatif sécurisant et soutenant peut avoir des conséquences négatives, tant pour lui que pour la société. En s’appuyant sur des données longitudinales issues de registres nationaux en Suède, portant sur une cohorte nationale de fratries — dans lesquelles certains enfants ont été placés en famille d’accueil tandis que d’autres sont restés auprès de leurs parents biologiques — cette étude examine si le placement familial à long terme permet d’améliorer les chances de vie. Les résultats d’analyses de régression multiniveau, couvrant un large éventail d’indicateurs éducatifs, sociaux et de santé à l’âge adulte (16 dimensions), corroborent une série d’études antérieures montrant que le placement familial traditionnel à long terme ne semble pas améliorer les perspectives de vie des enfants maltraités. CITER Brännström, L., Vinnerljung, B., & Hjern, A. (2020). Outcomes in adulthood after long-term foster care: A sibling approach. Child Maltreatment, 25 (4), 383–395. https://doi.org/10.1177/1077559519898755
- L’ASSOCIATION ENTRE LE RETRAIT D’ENFANT PAR LES SERVICES DE PROTECTION DE L’ENFANCE ET LA MORTALITÉ CHEZ LES MÈRES DES PREMIÈRES NATIONS ET NON ISSUES DES PREMIÈRES NATIONS AU CANADA
Fév. 2026 Kathleen S Kenny, PhD ; kathleen.kenny@umanitoba.ca ; Kayla Frank, BA ; Brittany Lavallee; Mary Burton ; Cheryle Dreaver, BA ; Marlyn Bennett, PhD ; Cathy Rocke, Ph D ; Marni Brownell, PhD; Gilles R Detillieu x; Marcia Anderson, M D; Marcelo L Urquia, PhD Résumé Contexte Des liens entre l’exposition maternelle au retrait d’un enfant par les services de protection de l’enfance et une augmentation de la mortalité ont été identifiés dans la population générale. Cependant, cette association n’a pas été examinée chez les mères des Premières Nations, qui sont de manière disproportionnée concernées par les interventions de ce système. Notre étude visait à quantifier la relation entre le retrait d’enfant et la mortalité chez les mères des Premières Nations et non issues des Premières Nations. Méthodes Dans cette analyse rétrospective, nous avons utilisé des cohortes en population totale, appariées et de fratries afin de comparer la mortalité chez les mères des Premières Nations et non issues des Premières Nations avec et sans retrait d’enfant par les services de protection de l’enfance entre le 1er avril 1998 et le 31 mars 2022 au Manitoba, Canada. Les mères des Premières Nations ont été identifiées à partir du First Nations Research File ; les mères non enregistrées ou s’identifiant comme Premières Nations, ainsi que les mères inuites, métisses et non autochtones, ont été classées comme non issues des Premières Nations. Nous avons exclu les mères ne résidant pas au Manitoba pendant les deux années précédant la naissance ou la première date de retrait de leur enfant le plus âgé. Dans la cohorte en population totale, nous avons comparé : les mères des Premières Nations avec retrait d’enfant, celles sans retrait, les mères non issues des Premières Nations avec retrait, et celles sans retrait. Dans la cohorte appariée, les mères avec retrait d’enfant ont été appariées (1:2) à des mères sans retrait selon le statut des Premières Nations, le degré d’urbanisation et l’âge maternel à la première naissance. Dans la cohorte de fratries, nous avons comparé des mères des Premières Nations ayant subi un retrait d’enfant avec une sœur (même mère biologique) n’ayant pas connu de retrait. Les données individuelles ont été extraites du dépôt de données de recherche populationnelle du Manitoba pour chaque contact avec les services de santé et sociaux. Nous avons estimé les taux absolus et les ratios de taux de mortalité toutes causes confondues, évitables et non évitables. Résultats La cohorte en population totale comprenait 16 211 mères des Premières Nations et 77 841 mères non issues des Premières Nations. La prévalence du retrait d’enfant était de 27,3 % (4 429/16 211) chez les mères des Premières Nations contre 4,3 % (3 353/77 841) chez les mères non issues des Premières Nations. Comparées aux mères non issues des Premières Nations non exposées, les taux de mortalité ajustés toutes causes confondues chez les mères ayant subi un retrait d’enfant étaient les plus élevés chez les mères des Premières Nations (64 décès pour 10 000 personnes-années [IC 95 % 57–72] ; différence de taux 51,65 pour 10 000 personnes-années [49,15–54,14] ; ratio de taux 5,20 [3,98–6,78]), suivies des mères non issues des Premières Nations (48 décès pour 10 000 personnes-années [40–56] ; 35,28 pour 10 000 personnes-années [32,81–37,74] ; 3,87 [2,90–5,15]). Ces associations persistaient dans les cohortes appariées et de fratries. Les causes évitables représentaient la majorité des décès, et dans la cohorte de fratries chez les mères des Premières Nations, le retrait d’enfant n’était associé qu’à la mortalité évitable. Interprétation Le retrait d’enfant est associé à des décès évitables chez les mères, avec un risque maximal observé chez les mères des Premières Nations. Ces résultats appellent à reconnaître l’ampleur potentielle des dommages sanitaires attribuables au retrait d’enfant et à accélérer la mise en œuvre d’interventions dirigées par les Premières Nations afin de soutenir et préserver les familles. Financement Instituts de recherche en santé du Canada Note Premières Nations = peuples autochtones du Canada (hors Inuit et Métis), mais dans cette étude : seulement celles qui sont officiellement enregistrées. CITE Kenny K, Frank K, Lavallee B et al. (2026). The association of child removal by child protective services and mortality among First Nations and non-First Nations mothers in Canada: a retrospective cohort study. The Lancet Public Health , 2026; 11, e120-e128. https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(25)00278-6/fulltext FULL TEXT IN THE LANCET https://www.thelancet.com/action/showCitFormats?doi=10.1016%2FS2468-2667%2825%2900278-6&pii=S2468-2667%2825%2900278-6
- La relation entre l’instabilité des placements et la santé mentale chez les enfants et les jeunes ayant une expérience du placement : revue systématique et méta-analyse au Royaume-Uni
Cody Varnish Alice R. Phillips Shailaja Tallam Laxman Nina Maxwell Sarah L. Halligan Katherine S. Button Résumé Contexte Les enfants pris en charge qui connaissent des changements fréquents de lieu de placement présentent un risque accru de troubles de santé mentale. Des données émergentes suggèrent une relation bidirectionnelle : l’instabilité des placements peut à la fois prédire et résulter de difficultés psychiques. Comprendre la force et la direction de cette relation est essentiel pour orienter les politiques publiques et les pratiques, mais les données issues du Royaume-Uni restent dispersées et non consolidées. Objectifs Réaliser la première revue systématique et méta-analyse examinant la relation entre l’instabilité des placements et la santé mentale dans le système de protection de l’enfance du Royaume-Uni. Méthode Cette revue a été enregistrée de manière prospective dans le registre international PROSPERO (CRD42024493617). Cinq bases de données ont été interrogées (jusqu’en août 2024) afin d’identifier des études britanniques évaluées par les pairs incluant des enfants ayant une expérience du placement, mesurant la (in)stabilité des placements, la santé mentale, et examinant quantitativement leur relation. Une méta-analyse à effets aléatoires a été réalisée, et la qualité des études a été évaluée à l’aide de l’échelle de Newcastle–Ottawa. Résultats Quinze études (N = 6 905) ont été incluses, dont douze (n = 5 536) dans la méta-analyse. Les enfants connaissant une instabilité des placements avaient plus du double de probabilité de présenter des difficultés de santé mentale par rapport à ceux ayant des placements stables (odds ratio = 2,07 ; IC 95 % [1,65–2,59]). Toutefois, les données concernant la direction causale de cette relation restent limitées. Conclusion L’instabilité des placements double le risque de troubles de santé mentale chez les enfants ayant une expérience du placement, qui présentent déjà des niveaux élevés de troubles psychiques. Des recherches supplémentaires sont urgemment nécessaires pour clarifier la nature bidirectionnelle de cette relation et orienter des interventions ciblées. Dans l’intervalle, les décideurs devraient prioriser les collaborations entre services de santé mentale et autorités locales afin de prévenir le cycle d’instabilité et de dégradation de la santé mentale. CITER Varnish C, Phillips AR, Tallam Laxman S, Maxwell N, Halligan SL, Button KS. The relationship between placement instability and mental health among care-experienced children and young people: UK systematic review and meta-analysis. The British Journal of Psychiatry . Published online 2025:1-10. doi:10.1192/bjp.2025.10375
- Tentatives de suicide et morbidité psychiatrique sévère chez les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance — une étude de cohorte nationale
Bo Vinnerljung , Anders Hjern , Frank Lindblad RÉSUMÉ Contexte Peu d’études portant sur de grands échantillons ont examiné la morbidité psychiatrique chez les anciens bénéficiaires des services de protection de l’enfance. Dans cette étude, les risques de tentatives de suicide et de morbidité psychiatrique sévère à un jeune âge ont été évalués chez d’anciens usagers de la protection de l’enfance issus de dix cohortes nationales de naissance, en les comparant à leurs pairs de la population générale et à des adoptés internationaux. Méthodes Nous avons utilisé des données issues de registres nationaux portant sur près d’un million de personnes : 22 305 anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance ayant fait l’objet d’interventions avant l’adolescence, 955 326 individus issus de la population générale, et 12 240 adoptés internationaux. Des modèles de régression de Cox multivariés ont été utilisés pour estimer les risques d’hospitalisation pour tentatives de suicide et troubles psychiatriques entre l’âge de 13 ans et celui de 18 à 27 ans. Résultats Les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance présentaient, après standardisation selon l’année de naissance et le sexe, un risque (RR) quatre à cinq fois plus élevé que leurs pairs de la population générale d’avoir été hospitalisés pour tentative de suicide. Ils étaient cinq à huit fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisés pour des troubles psychiatriques graves durant l’adolescence, et quatre à six fois plus à l’âge adulte jeune. Des excès de risque élevés ont également été observés pour les psychoses et la dépression. Les individus ayant connu un placement de longue durée en famille d’accueil présentaient les issues les plus défavorables. L’ajustement en fonction des hospitalisations des parents biologiques pour troubles psychiatriques ou usage de substances, ainsi que des facteurs socio-économiques liés au milieu familial d’origine, réduisait les excès de risque à environ un doublement. Conclusions Indépendamment des questions de causalité, les résultats suggèrent que les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance doivent être considérés comme un groupe à haut risque de tentatives de suicide et de morbidité psychiatrique sévère. Ces résultats ont des implications importantes pour les pratiques des services de santé mentale et des institutions sociales intervenant auprès de cette population à l’adolescence et/ou au début de l’âge adulte. CITER Vinnerljung, B., Hjern, A., & Lindblad, F. (2006). Suicide attempts and severe psychiatric morbidity among former child welfare clients--a national cohort study. Journal of child psychology and psychiatry, and allied disciplines , 47 (7), 723–733. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2005.01530.x
- COMMENT UNE AGRESSIVITÉ LÉGITIME SE TRANSFORME-T-ELLE EN UNE GUERRE DES ÉGOS DANS LE CONTEXTE DE LA SÉPARATION INVOLONTAIRE PARENT–ENFANT ?
Liviu Poenaru, PhD Comment une agressivité fondamentalement légitime, enracinée dans une expérience traumatique extrême, peut-elle se transformer en une guerre des égos entre parents et institutions ? La séparation involontaire parent–enfant constitue un événement d’une intensité psychique exceptionnelle, souvent vécu comme une destruction du lien primaire. Les travaux de Wall-Wieler et al. (2018) montrent que la perte de garde est associée à une dégradation de la santé mentale maternelle plus importante que celle observée après le décès d’un enfant, ce qui atteste du caractère radicalement désorganisateur de cette expérience. Dans ce contexte, l’agressivité ne relève pas d’un excès pathologique mais d’une tentative de maintien de l’intégrité psychique face à une atteinte majeure du lien et de l’identité parentale. Elle constitue une réponse adaptative à un stress extrême, impliquant des mécanismes neurobiologiques comparables à ceux observés dans les deuils complexes et les traumatismes sévères. Toutefois, cette agressivité est rapidement requalifiée par les dispositifs de protection comme un signe de dysfonctionnement individuel. Ce déplacement interprétatif produit une inversion causale : la réaction au traumatisme devient la preuve du trouble. La revue systématique de Burrow et al. (2024) met en évidence que les parents décrivent ces processus comme punitifs, disqualifiants et marqués par une perte d’agency, ce qui intensifie leur détresse. Plus encore, les travaux de Wall-Wieler et al. (2018) sur les tentatives de suicide montrent que cette détresse peut atteindre des niveaux critiques. Dans ce cadre, l’expression de l’agressivité alimente une boucle auto-validante : elle est interprétée comme un symptôme, ce qui justifie le maintien des mesures, renforçant ainsi la frustration et la colère parentales. À mesure que cette dynamique se stabilise, le conflit change de nature. Il ne s’agit plus seulement d’une réaction à un événement traumatique, mais d’une confrontation entre deux systèmes de légitimité. Les institutions, organisées autour de la gestion du risque et de la protection, tendent à rigidifier leurs positions afin de préserver leur cohérence interne et leur crédibilité. Dozier et al. (2012) soulignent que les systèmes de prise en charge institutionnelle peuvent, dans certaines configurations, privilégier la stabilité organisationnelle au détriment des besoins relationnels fondamentaux des enfants et des familles. Toute contestation parentale est alors perçue comme une menace pour l’ordre institutionnel, ce qui transforme progressivement le conflit en une opposition structurée, où chaque partie cherche à maintenir sa position. Parallèlement, les parents, confrontés à une perte prolongée et à une disqualification répétée, voient leur identité profondément fragilisée. Les données longitudinales de Sariaslan et al. (2022) montrent que le placement hors du domicile est associé à des trajectoires marquées par des risques accrus sur les plans social, sanitaire et psychologique, ce qui souligne la dimension durable de ces processus. Pour les parents, la séparation ne se limite pas à un événement ponctuel : elle s’inscrit dans une temporalité longue faite de décisions, d’expertises et d’interactions qui réactivent continuellement le traumatisme initial. L’agressivité devient alors chronique, non comme une dérive individuelle, mais comme une réponse entretenue par le dispositif lui-même. Ainsi, la transformation de l’agressivité légitime en guerre des égos apparaît comme un effet systémique. Elle résulte de l’articulation entre un événement traumatique majeur, une lecture institutionnelle qui individualise les réactions au lieu d’en reconnaître les causes, et une dynamique organisationnelle orientée vers l’auto-validation. Ce processus empêche toute élaboration du traumatisme et enferme les acteurs dans des positions antagonistes rigides. La guerre des égos n’est pas ici une simple conflictualité interpersonnelle, mais le produit d’un système qui, en ne reconnaissant pas les effets psychiques et neurobiologiques de la séparation, contribue à les amplifier et à les chroniciser. Références Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960 Dozier, M., Zeanah, C. H., Wallin, A. R., & Shauffer, C. (2012). Institutional care for young children: Review of literature and policy implications. Social Issues and Policy Review, 6 (1), 1–25. https://doi.org/10.1111/j.1751-2409.2011.01033.x Sariaslan, A., Kääriälä, A., Pitkänen, J., et al. (2022). Long-term health and social outcomes in children and adolescents placed in out-of-home care. JAMA Pediatrics, 176 (1), e214324. https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2021.4324 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Bolton, J., Brownell, M., Nickel, N., & Chateau, D. (2018). Maternal mental health after custody loss and death of a child: A retrospective cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (5), 322–328. https://doi.org/10.1177/0706743717738494 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Brownell, M., Nickel, N., Chateau, D., & Singal, D. (2018). Suicide attempts and completions among mothers whose children were taken into care by child protection services: A cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (3), 170–177. https://doi.org/10.1177/0706743717741058
- Expériences des parents face aux processus de protection de l’enfance en période périnatale : revue systématique et synthèse thématique fondées sur une approche socio-écologique
Samantha Burrow, Lisa Woo d , Colleen Fisher , Renée Usher, Renna Gayde, Melissa O’Donnell Résumé Contexte À l’échelle nationale et internationale, chercheurs et praticiens expriment des préoccupations croissantes concernant le nombre de nourrissons retirés à leur famille par les systèmes de protection de l’enfance peu après la naissance, ainsi que les effets des procédures de protection de l’enfance durant la période périnatale (de la conception à la première année de vie) sur les familles. Objectif Cette revue systématique synthétise des études qualitatives afin de mieux comprendre les expériences et les besoins des femmes enceintes, des mères et des pères impliqués dans les procédures de protection de l’enfance en période périnatale, au sein des systèmes de santé, de protection sociale et juridiques. Méthodes Treize bases de données électroniques multidisciplinaires ont été consultées afin d’identifier des articles scientifiques évalués par les pairs, rédigés en anglais et publiés depuis 2000. Vingt-quatre articles répondaient aux critères d’inclusion. L’analyse s’est appuyée sur une approche socio-écologique et une synthèse thématique. Un groupe consultatif d’experts, composé de personnes ayant une expérience vécue, de professionnels des services et d’universitaires, a contribué à l’élaboration du cadre thématique. Résultats Bien que les études examinées aient été menées entre 2005 et 2023 auprès de participants variés issus de six pays, elles mettent en évidence des expériences parentales similaires face aux procédures de protection de l’enfance en période périnatale. Ces expériences ont été synthétisées selon les niveaux du modèle socio-écologique : (i) Au niveau individuel, les parents décrivent l’amour, l’espoir, la confusion, la peur, la capacité d’agir et l’angoisse. (ii) Au niveau des relations, ils évoquent la rupture des liens parent–bébé, le manque de soutien personnel et professionnel, ainsi que l’impact du traumatisme et de la confiance dans les relations avec les professionnels. (iii) Dans leurs interactions avec les institutions, les parents rapportent une surveillance omniprésente et des procédures préjudiciables, une communication et un soutien insuffisants, ainsi que des déséquilibres de pouvoir. (iv) Aux niveaux politique et sociétal, leurs expériences mettent en évidence la domination de normes et de valeurs occidentales, l’augmentation de la pauvreté et du sans-abrisme, l’atteinte aux droits et des politiques périnatales marquées par des biais. La synthèse inclut également les recommandations des parents, des professionnels et des chercheurs visant à améliorer les processus de protection de l’enfance en période périnatale et le soutien aux familles. Conclusions Au cours des vingt dernières années, les études qualitatives menées à l’échelle internationale ont systématiquement mis en évidence les effets biopsychosociaux négatifs du retrait des nourrissons de leur famille. Il est essentiel de lutter contre la pauvreté et les traumatismes, de rééquilibrer les rapports de pouvoir et d’atténuer les effets durables des procédures de protection de l’enfance en période périnatale afin de permettre aux parents de conserver la garde de leur enfant ou d’être réunifiés avec lui. Des transformations aux niveaux institutionnel, politique et sociétal sont nécessaires pour : prioriser la prévention et l’intervention précoce ; favoriser des pratiques relationnelles et la collaboration intersectorielle ; et dépasser les conceptions occidentales traditionnelles de la famille. Placer la parole des parents au centre des efforts d’amélioration des dispositifs de protection de l’enfance, avant et après la naissance, permettra de mieux orienter la mise en place d’un soutien précoce et adapté répondant à leurs besoins identifiés et favorisant le bien-être familial. CITER Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960
- Maladie cardiovasculaire et facteurs de risque chez les individus ayant un antécédent de placement hors du domicile familial
Anders Hjern, MD, PhD Bo Vinnerljung, PhD; Lars Brännström, PhD Ce que l’on sait déjà sur le sujet : L’exposition au placement hors du domicile durant l’enfance est associée à un risque accru de mauvaise santé et de handicap à l’âge adulte, mais la contribution spécifique des maladies cardiovasculaires à ce risque reste inconnue. Ce que cette étude apporte : Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans. L’échec scolaire et le tabagisme ont été identifiés comme les principaux facteurs de risque à cibler dans les stratégies de prévention. RÉSUMÉ CONTEXTE L’exposition, durant l’enfance, à un placement hors du domicile familial (famille d’accueil ou institution) est associée à un risque accru de mauvaise santé et de handicap à l’âge adulte. Toutefois, le risque spécifique de maladies cardiovasculaires n’avait pas été étudié jusqu’à présent dans une perspective longitudinale. MÉTHODES Il s’agit d’une étude de cohorte nationale fondée sur le couplage de plusieurs registres populationnels, constituant un échantillon de 881 731 individus, dont 26 310 (3,0 %) avaient une expérience de placement hors du domicile durant l’enfance. La population étudiée, née entre 1972 et 1981, a été suivie de l’âge de 18 ans jusqu’à 39–48 ans pour les hospitalisations et la mortalité. RÉSULTATS Après ajustement pour l’année de naissance et le niveau d’éducation maternel, les individus ayant connu un placement durant l’enfance présentaient un risque doublé de maladie coronarienne (rapport de risque [hazard ratio] : 2,05 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,74–2,41) et d’accident vasculaire cérébral (rapport de risque : 1,85 ; 1,59–2,15) par rapport à la population générale, avec des estimations similaires chez les hommes et les femmes. Les femmes ayant un historique de placement présentaient un risque plus que doublé de tabagisme en début de grossesse (risque relatif : 2,26 ; 2,18–2,34), ainsi qu’un risque modérément accru de diabète gestationnel (risque relatif : 1,49 ; 1,19–1,86). Une atténuation marquée (de 40 % à 90 %) des effets observés sur les maladies et les facteurs de risque apparaissait après ajustement supplémentaire pour le niveau scolaire atteint à 15–16 ans. CONCLUSIONS Un antécédent de placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque d’événements cardiovasculaires précoces. Le tabagisme et la faible réussite scolaire apparaissent comme les principaux facteurs de risque identifiés. CITER Anders Hjern, Bo Vinnerljung, Lars Brännström; Cardiovascular Disease and Risk Factors in Individuals With a History of Out-of-home Care. Pediatrics February 2024; 153 (2): e2023063174. 10.1542/peds.2023-063174
- Conséquences sanitaires et sociales à long terme chez les enfants et adolescents placés hors du domicile familial
Amir Sariaslan, PhD ; Antti Kääriälä, PhD ; Joonas Pitkänen, MSc Hanna Remes, PhD ; Mikko Aaltonen, PhD ; Heikki Hiilamo, PhD ; Pekka Martikainen, PhD ; Seena Fazel, MD Points clés Question Quel est le risque de présenter des conséquences sociales et sanitaires défavorables à l’âge adulte chez les enfants et adolescents placés hors du domicile familial ? Résultats Dans cette étude de cohorte, le risque de conséquences sociales et sanitaires défavorables à l’âge adulte était multiplié par 1,4 à 5 chez les enfants placés hors du domicile familial, comparativement à leurs frères et sœurs n’ayant jamais été placés. En comparant des fratries différemment exposées, l’étude a pu prendre en compte les facteurs génétiques et environnementaux partagés avant le placement. Signification Bien qu’il puisse être nécessaire de retirer des enfants à des parents les exposant à des formes sévères de maltraitance, de négligence ou d’abus, le placement hors du domicile familial est associé à des conséquences importantes qui nécessitent une évaluation approfondie. Résumé Importance Les enfants placés hors du domicile familial présentent en moyenne des conséquences à long terme moins favorables que leurs pairs, mais la direction et l’ampleur de ces associations doivent être précisées. Objectif Estimer les associations entre le placement hors du domicile familial durant l’enfance et l’adolescence et le risque ultérieur de diverses conséquences sociales et sanitaires à l’âge adulte, après ajustement approfondi des facteurs préexistants au placement. Méthodes (plan, cadre et participants) Cette étude de cohorte, incluant une analyse intrafamiliale entre frères et sœurs, a porté sur l’ensemble des enfants nés en Finlande entre 1986 et 2000 (N = 855 622). Chaque individu a été suivi à partir de l’âge de 15 ans jusqu’à la fin de la période d’étude (décembre 2018), ou jusqu’à migration, décès ou survenue de l’événement étudié. Des modèles de régression de Cox et de Poisson ont été utilisés pour estimer les associations, avec ajustement pour les facteurs de confusion mesurés (issus de registres populationnels couplés) et non mesurés (via les comparaisons intrafamiliales). Les analyses ont été réalisées entre octobre 2020 et août 2021. Exposition Placement hors du domicile familial jusqu’à l’âge de 15 ans. Critères de jugement principaux À partir de registres nationaux (population, patients, prescriptions, causes de décès, criminalité), 16 conséquences ont été identifiées dans les catégories suivantes : troubles psychiatriques ; faible statut socioéconomique ; blessures et exposition à la violence ; comportements antisociaux, suicidalité et mortalité prématurée. Résultats Au total, 30 127 individus (3,4 %) avaient été placés hors du domicile familial, avec une durée médiane (intervalle interquartile) de 1,3 an (0,2–5,1) et 2 épisodes de placement (1–3) avant l’âge de 15 ans. Comparés à leurs frères et sœurs, les individus placés présentaient un risque 1,4 à 5 fois plus élevé de développer des conséquences défavorables à l’âge adulte (rapport de risque ajusté [aHR] pour une blessure par chute : 1,40 ; IC 95 % : 1,25–1,57 ; aHR pour une intoxication accidentelle : 4,79 ; IC 95 % : 3,56–6,43). Les risques relatifs les plus élevés concernaient les arrestations pour crimes violents (aHR : 4,16 ; IC 95 % : 3,74–4,62 ; incidence cumulée : 24,6 % chez les placés contre 5,1 % chez les non placés), les troubles liés à l’usage de substances (aHR : 4,75 ; IC 95 % : 4,25–5,30 ; incidence cumulée : 23,2 % contre 4,6 %), et les intoxications accidentelles (aHR : 4,79 ; IC 95 % : 3,56–6,43 ; incidence cumulée : 3,1 % contre 0,6 %). Des ajustements supplémentaires pour les facteurs périnataux, les troubles comportementaux durant l’enfance et les traumatismes, y compris l’exposition à la violence, n’ont pas modifié de manière significative les résultats. Conclusions et pertinence Le placement hors du domicile familial est associé à un large éventail de conséquences défavorables à l’âge adulte, et ces associations persistent après ajustement pour les facteurs préexistants mesurés et les facteurs familiaux non mesurés. CITER Sariaslan A, Kääriälä A, Pitkänen J, et al. Long-term Health and Social Outcomes in Children and Adolescents Placed in Out-of-Home Care. JAMA Pediatr. 2022;176(1):e214324. doi:10.1001/jamapediatrics.2021.4324
- La relation entre l'instabilité du placement et la santé mentale chez les enfants et jeunes issus du système de protection de l'enfance : revue systématique et méta-analyse au Royaume-Uni
Cody Varnish , Alice R Phillips , Shailaja Tallam Laxman , Nina Maxwell , Sarah L Halligan , Katherine S Button Résumé Contexte : Les enfants placés qui subissent des changements fréquents de lieu d’accueil sont exposés à un risque accru de troubles de la santé mentale. Les données émergentes suggèrent une relation bidirectionnelle, où l’instabilité du placement peut à la fois prédire et résulter de difficultés de santé mentale. Comprendre la force et la direction de cette relation est crucial pour éclairer les politiques et les pratiques, mais les preuves provenant du Royaume-Uni restent non consolidées. Objectifs : Réaliser la première revue systématique et méta-analyse examinant la relation entre l'instabilité du placement et la santé mentale au sein du système de protection de l'enfance britannique. Méthode : Cette revue a été enregistrée de manière prospective dans le registre international PROSPERO (CRD42024493617). Nous avons interrogé cinq bases de données (jusqu'en août 2024) pour identifier des études britanniques évaluées par des pairs incluant un échantillon d'enfants ayant l'expérience du placement, mesurant l'(in)stabilité du placement ainsi que la santé mentale, et examinant quantitativement la relation entre ces deux variables. Une méta-analyse à effets aléatoires a été réalisée, et la qualité des études a été évaluée à l'aide de l'échelle de Newcastle-Ottawa. Résultats : Quinze études ($N = 6905$) ont été incluses, dont douze ($n = 5536$) ont contribué à la méta-analyse. Les enfants ayant des placements instables étaient plus de deux fois plus susceptibles de présenter des difficultés de santé mentale par rapport à ceux ayant des placements stables (rapport des côtes [ odds ratio ] $2,07$ ; IC à $95\%$ $1,65$–$2,59$). Cependant, les preuves concernant la direction causale de cette relation étaient limitées. Conclusion : L'instabilité du placement double le risque de difficultés de santé mentale pour les enfants placés, qui font déjà face à des taux élevés de troubles mentaux. Des recherches supplémentaires sont nécessaires de toute urgence pour clarifier la nature bidirectionnelle de cette relation et guider des interventions ciblées. En attendant, les décideurs politiques devraient prioriser les collaborations entre les services de santé mentale et les autorités locales afin de prévenir le cycle de l'instabilité et de la détérioration de la santé mentale. Mots-clés : Revue systématique ; placement familial ; santé mentale ; méta-analyse ; instabilité du placement. CITER Varnish, C., Phillips, A. R., Tallam Laxman, S., Maxwell, N., Halligan, S. L., & Button, K. S. (2025). The relationship between placement instability and mental health among care-experienced children and young people: UK systematic review and meta-analysis. The British journal of psychiatry : the journal of mental science , 1–10. Advance online publication. https://doi.org/10.1192/bjp.2025.10375











