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INVALIDITÉ SCIENTIFIQUE DES EXPERTISES PSYCHIATRIQUES EN CONTEXTE DE SÉPARATION INVOLONTAIRE PARENT–ENFANT : TRAUMATISME, PROCÉDURES ET ÉROSION PSYCHIQUE

Liviu Poenaru, PhD

Mars 2026

Les expertises psychiatriques réalisées dans un contexte de séparation involontaire parent–enfant présentent un biais méthodologique majeur : elles évaluent des états psychiques sans intégrer les conditions extrêmes qui les produisent. L’absence de prise en compte du traumatisme de la séparation constitue ici une lacune fondamentale. La rupture forcée du lien parental active des réponses neurobiologiques et psychiques comparables à celles observées dans les deuils complexes et les stress traumatiques sévères : hyperactivation de l’axe hypothalamo–hypophyso–surrénalien, désorganisation émotionnelle, altération de l’identité et des repères internes. Interpréter ces manifestations comme des signes intrinsèques de pathologie revient à confondre une réponse adaptative à un événement extrême avec un trouble psychiatrique autonome, ce qui constitue une erreur d’attribution causale (Wall-Wieler et al., 2018).

 

Un second niveau de distorsion réside dans le traumatisme induit par les procédures elles-mêmes. Les dispositifs de protection des mineurs — marqués par la répétition des évaluations, l’incertitude judiciaire prolongée et une asymétrie structurelle de pouvoir — génèrent une charge cognitive et émotionnelle considérable. Dans ce contexte, les parents peuvent développer des réactions défensives intenses, incluant hypervigilance, méfiance, retrait, mais aussi irritabilité et manifestations d’agressivité. Ces réponses doivent être comprises comme des mécanismes adaptatifs face à une situation vécue comme contraignante et potentiellement violente, plutôt que comme des symptômes primaires. Leur réinterprétation comme indices de pathologie alimente une boucle auto-validante : la réaction au dispositif devient la preuve de la pathologie supposée qui justifie ce même dispositif, compromettant ainsi la validité interne de l’expertise (Dozier et al., 2012).

Le troisième angle mort concerne ce que Lauren Berlant conceptualise comme la «slow death» (mort lente), c’est-à-dire un processus d’érosion progressive de la vie sous l’effet de conditions structurelles délétères (Berlant, 2007). Dans le cas des parents séparés de leur enfant, il ne s’agit pas d’un événement ponctuel mais d’une dégradation cumulative : perte de sens, désaffiliation sociale, atteinte durable à l’identité parentale et chronicisation du stress. Les expertises psychiatriques, en se focalisant sur des symptômes observés à un moment donné, échouent à saisir cette temporalité longue et cumulative, réduisant un processus existentiel à une lecture symptomatique instantanée et décontextualisée.

 

L’analogie médicale permet de préciser la nature de l’erreur : ces expertises fonctionnent comme si une personne se présentait avec des lésions iatrogènes graves, et que le clinicien se limitait à des indicateurs biologiques périphériques pour conclure à une pathologie interne, sans examiner les causes ni les lésions elles-mêmes. Sur le plan scientifique, cela correspond à un défaut de validité écologique, à une confusion entre corrélation et causalité, et à une incapacité à intégrer les déterminants contextuels majeurs. Les données produites par l’expertise reflètent alors un état induit par le système lui-même, et non une organisation psychopathologique stable (Spinhoven et al., 2010).

Ces limites engagent une responsabilité épistémique et déontologique majeure. Une expertise qui pathologise des réactions situées, sans analyse des déterminants structurels, produit un savoir biaisé susceptible d’orienter des décisions lourdes de conséquences. Elle opère un déplacement de responsabilité en transformant un problème systémique en trouble individuel. Une telle pratique contrevient aux principes fondamentaux de la démarche scientifique — contextualisation, prudence interprétative, rigueur causale — et expose à des décisions cliniques et judiciaires fondées sur une lecture partielle, voire erronée, de la réalité psychique.

Références

Berlant, L. (2007). Slow death (sovereignty, obesity, lateral agency). Critical Inquiry, 33(4), 754–780. https://doi.org/10.1086/521568

Dozier, M., Zeanah, C. H., Wallin, A. R., & Shauffer, C. (2012). Institutional care for young children: Review of literature and policy implications. Social Issues and Policy Review, 6(1), 1–25. https://doi.org/10.1111/j.1751-2409.2011.01033.x

Spinhoven, P., Elzinga, B. M., Hovens, J. G., Roelofs, K., Zitman, F. G., van Oppen, P., & Penninx, B. W. (2010). The specificity of childhood adversities and negative life events across the life span to anxiety and depressive disorders. Journal of Affective Disorders, 126(1–2), 103–112. https://doi.org/10.1016/j.jad.2010.02.132

Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Bolton, J., Brownell, M., Nickel, N., & Chateau, D. (2018). Maternal mental health after custody loss and death of a child: A retrospective cohort study using linkable administrative data. Canadian Journal of Psychiatry, 63(5), 322–328. https://doi.org/10.1177/0706743717738494

 

KEY FINDINGS

Le placement familial traditionnel à long terme ne semble pas améliorer les chances de vie des enfants maltraités (Brännström et al. 2020).

La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance est associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler, 2018).

Le placement hors du domicile a aggravé l’état de santé des enfants ainsi que leurs trajectoires dans le système judiciaire (Brownell et al., 2024).

Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans (Hjern et al., 2024).

Les mères dont un enfant a été placé par les services de protection de l’enfance présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al. 2018).

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