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LE RETRAIT D’ENFANT : UNE FORME DE MORT SYMBOLIQUE INSTITUTIONNELLE ?

  • Mar 20
  • 3 min read

Peut-on comprendre certaines séparations involontaires entre parents et enfants comme une forme de meurtre symbolique institutionnel, au sens où une relation fondamentale est interrompue de manière radicale tout en laissant les acteurs biologiquement en vie ? Cette question mérite d’être posée à la lumière des données scientifiques disponibles.


Une étude de cohorte fondée sur des données administratives appariées montre en effet que la perte de garde à la suite d’une intervention de protection de l’enfance est associée à une santé mentale maternelle plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant, notamment en matière d’anxiété, de dépression, d’usage de substances ainsi que de recours aux soins psychiatriques et aux psychotropes (Wall-Wieler et al., 2018). Ce résultat révèle la nature particulière de cette expérience : contrairement au décès, qui ouvre un processus socialement reconnu de deuil, la séparation institutionnelle maintient l’enfant vivant tout en le rendant inaccessible, produisant une forme de mort symbolique prolongée et une perte permanente mais indéterminée, sans rituel de deuil ni reconnaissance sociale de la souffrance.


D’autres analyses montrent par ailleurs un excès significatif de tentatives de suicide et de décès par suicide chez les mères dont un enfant a été placé, comparativement à des mères recevant des services sans retrait et même à leurs propres sœurs biologiques, dessinant un signal robuste difficilement explicable par les seuls facteurs familiaux partagés (Wall-Wieler et al., 2018). La littérature qualitative décrit ce phénomène comme une perte ambiguë et un deuil non reconnu (disenfranchised grief), dans lequel l’enfant est vivant mais la parentalité est suspendue ou fragmentée, avec des effets cumulés sur l’identité, l’estime de soi et l’intégration sociale (Philip et al., 2024).


À cela s’ajoute la dimension traumatique : une méta-analyse documente des taux significatifs de symptômes de stress post-traumatique chez les parents impliqués dans des procédures de protection de l’enfance, appelant à des stratégies ciblées d’identification du trauma et d’accès aux soins (Suomi et al., 2023).


Dans la pratique clinique, ces processus se traduisent fréquemment par des états de stress extrême et prolongé — dissociation, hypervigilance, effondrement anxio-dépressif, troubles du sommeil, somatisations, risque suicidaire et désinsertion sociale — qui rendent paradoxalement plus difficile l’adhésion aux exigences institutionnelles censées démontrer la « stabilité » parentale.


La question du meurtre symbolique ne doit donc pas être comprise comme une accusation morale immédiate, mais comme une interrogation sociologique et clinique : lorsque des décisions institutionnelles produisent des formes de perte comparables ou plus destructrices que celles associées au décès, les systèmes publics ont l’obligation scientifique et politique d’intégrer ces effets dans l’évaluation de leurs pratiques afin d’éviter de générer, malgré eux, des boucles iatrogènes institutionnelles.



Références

Wall-Wieler E, Roos LL, Bolton J, Brownell M, Nickel N, Chateau D. Maternal Mental Health after Custody Loss and Death of a Child: A Retrospective Cohort Study Using Linkable Administrative Data. Can J Psychiatry. 2018 May;63(5):322-328. doi: 10.1177/0706743717738494 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5912297/

Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Brownell, M., Nickel, N., Chateau, D., & Singal, D. (2018). Suicide Attempts and Completions among Mothers Whose Children Were Taken into Care by Child Protection Services: A Cohort Study Using Linkable Administrative Data. Canadian journal of psychiatry. Revue canadienne de psychiatrie, 63(3), 170–177. https://doi.org/10.1177/0706743717741058

Philip, G., Youansamouth, L., Broadhurst, K., Clifton, J., Bedston, S., Hu, Y., & Brandon, M. (2024). ‘When they were taken it is like grieving’: Understanding and responding to the emotional impact of repeat care proceedings on fathers. Child & Family Social Work, 29(1), 185–194. https://doi.org/10.1111/cfs.13061

Suomi, A., Bolton, A., & Pasalich, D. (2023). The Prevalence of Post-Traumatic Stress Disorder in Birth Parents in Child Protection Services: Systematic Review and Meta-analysis. Trauma, violence & abuse, 24(2), 1032–1046. https://doi.org/10.1177/15248380211048444

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KEY FINDINGS

Le placement familial traditionnel à long terme ne semble pas améliorer les chances de vie des enfants maltraités (Brännström et al. 2020).

La perte de la garde d’un enfant au profit des services de protection de l’enfance est associée à une santé mentale maternelle significativement plus dégradée que celle observée après le décès d’un enfant (Wall-Wieler, 2018).

Le placement hors du domicile a aggravé l’état de santé des enfants ainsi que leurs trajectoires dans le système judiciaire (Brownell et al., 2024).

Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans (Hjern et al., 2024).

Les mères dont un enfant a été placé par les services de protection de l’enfance présentent des taux de mortalité plus élevés que ceux observés chez leurs sœurs biologiques n’ayant pas connu un tel placement (Wall-Wieler et al. 2018).

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