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- La relation entre l’instabilité des placements et la santé mentale chez les enfants et les jeunes ayant une expérience du placement : revue systématique et méta-analyse au Royaume-Uni
Cody Varnish Alice R. Phillips Shailaja Tallam Laxman Nina Maxwell Sarah L. Halligan Katherine S. Button Résumé Contexte Les enfants pris en charge qui connaissent des changements fréquents de lieu de placement présentent un risque accru de troubles de santé mentale. Des données émergentes suggèrent une relation bidirectionnelle : l’instabilité des placements peut à la fois prédire et résulter de difficultés psychiques. Comprendre la force et la direction de cette relation est essentiel pour orienter les politiques publiques et les pratiques, mais les données issues du Royaume-Uni restent dispersées et non consolidées. Objectifs Réaliser la première revue systématique et méta-analyse examinant la relation entre l’instabilité des placements et la santé mentale dans le système de protection de l’enfance du Royaume-Uni. Méthode Cette revue a été enregistrée de manière prospective dans le registre international PROSPERO (CRD42024493617). Cinq bases de données ont été interrogées (jusqu’en août 2024) afin d’identifier des études britanniques évaluées par les pairs incluant des enfants ayant une expérience du placement, mesurant la (in)stabilité des placements, la santé mentale, et examinant quantitativement leur relation. Une méta-analyse à effets aléatoires a été réalisée, et la qualité des études a été évaluée à l’aide de l’échelle de Newcastle–Ottawa. Résultats Quinze études (N = 6 905) ont été incluses, dont douze (n = 5 536) dans la méta-analyse. Les enfants connaissant une instabilité des placements avaient plus du double de probabilité de présenter des difficultés de santé mentale par rapport à ceux ayant des placements stables (odds ratio = 2,07 ; IC 95 % [1,65–2,59]). Toutefois, les données concernant la direction causale de cette relation restent limitées. Conclusion L’instabilité des placements double le risque de troubles de santé mentale chez les enfants ayant une expérience du placement, qui présentent déjà des niveaux élevés de troubles psychiques. Des recherches supplémentaires sont urgemment nécessaires pour clarifier la nature bidirectionnelle de cette relation et orienter des interventions ciblées. Dans l’intervalle, les décideurs devraient prioriser les collaborations entre services de santé mentale et autorités locales afin de prévenir le cycle d’instabilité et de dégradation de la santé mentale. CITER Varnish C, Phillips AR, Tallam Laxman S, Maxwell N, Halligan SL, Button KS. The relationship between placement instability and mental health among care-experienced children and young people: UK systematic review and meta-analysis. The British Journal of Psychiatry . Published online 2025:1-10. doi:10.1192/bjp.2025.10375
- Tentatives de suicide et morbidité psychiatrique sévère chez les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance — une étude de cohorte nationale
Bo Vinnerljung , Anders Hjern , Frank Lindblad RÉSUMÉ Contexte Peu d’études portant sur de grands échantillons ont examiné la morbidité psychiatrique chez les anciens bénéficiaires des services de protection de l’enfance. Dans cette étude, les risques de tentatives de suicide et de morbidité psychiatrique sévère à un jeune âge ont été évalués chez d’anciens usagers de la protection de l’enfance issus de dix cohortes nationales de naissance, en les comparant à leurs pairs de la population générale et à des adoptés internationaux. Méthodes Nous avons utilisé des données issues de registres nationaux portant sur près d’un million de personnes : 22 305 anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance ayant fait l’objet d’interventions avant l’adolescence, 955 326 individus issus de la population générale, et 12 240 adoptés internationaux. Des modèles de régression de Cox multivariés ont été utilisés pour estimer les risques d’hospitalisation pour tentatives de suicide et troubles psychiatriques entre l’âge de 13 ans et celui de 18 à 27 ans. Résultats Les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance présentaient, après standardisation selon l’année de naissance et le sexe, un risque (RR) quatre à cinq fois plus élevé que leurs pairs de la population générale d’avoir été hospitalisés pour tentative de suicide. Ils étaient cinq à huit fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisés pour des troubles psychiatriques graves durant l’adolescence, et quatre à six fois plus à l’âge adulte jeune. Des excès de risque élevés ont également été observés pour les psychoses et la dépression. Les individus ayant connu un placement de longue durée en famille d’accueil présentaient les issues les plus défavorables. L’ajustement en fonction des hospitalisations des parents biologiques pour troubles psychiatriques ou usage de substances, ainsi que des facteurs socio-économiques liés au milieu familial d’origine, réduisait les excès de risque à environ un doublement. Conclusions Indépendamment des questions de causalité, les résultats suggèrent que les anciens bénéficiaires de la protection de l’enfance doivent être considérés comme un groupe à haut risque de tentatives de suicide et de morbidité psychiatrique sévère. Ces résultats ont des implications importantes pour les pratiques des services de santé mentale et des institutions sociales intervenant auprès de cette population à l’adolescence et/ou au début de l’âge adulte. CITER Vinnerljung, B., Hjern, A., & Lindblad, F. (2006). Suicide attempts and severe psychiatric morbidity among former child welfare clients--a national cohort study. Journal of child psychology and psychiatry, and allied disciplines , 47 (7), 723–733. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2005.01530.x
- COMMENT UNE AGRESSIVITÉ LÉGITIME SE TRANSFORME-T-ELLE EN UNE GUERRE DES ÉGOS DANS LE CONTEXTE DE LA SÉPARATION INVOLONTAIRE PARENT–ENFANT ?
Liviu Poenaru, PhD Comment une agressivité fondamentalement légitime, enracinée dans une expérience traumatique extrême, peut-elle se transformer en une guerre des égos entre parents et institutions ? La séparation involontaire parent–enfant constitue un événement d’une intensité psychique exceptionnelle, souvent vécu comme une destruction du lien primaire. Les travaux de Wall-Wieler et al. (2018) montrent que la perte de garde est associée à une dégradation de la santé mentale maternelle plus importante que celle observée après le décès d’un enfant, ce qui atteste du caractère radicalement désorganisateur de cette expérience. Dans ce contexte, l’agressivité ne relève pas d’un excès pathologique mais d’une tentative de maintien de l’intégrité psychique face à une atteinte majeure du lien et de l’identité parentale. Elle constitue une réponse adaptative à un stress extrême, impliquant des mécanismes neurobiologiques comparables à ceux observés dans les deuils complexes et les traumatismes sévères. Toutefois, cette agressivité est rapidement requalifiée par les dispositifs de protection comme un signe de dysfonctionnement individuel. Ce déplacement interprétatif produit une inversion causale : la réaction au traumatisme devient la preuve du trouble. La revue systématique de Burrow et al. (2024) met en évidence que les parents décrivent ces processus comme punitifs, disqualifiants et marqués par une perte d’agency, ce qui intensifie leur détresse. Plus encore, les travaux de Wall-Wieler et al. (2018) sur les tentatives de suicide montrent que cette détresse peut atteindre des niveaux critiques. Dans ce cadre, l’expression de l’agressivité alimente une boucle auto-validante : elle est interprétée comme un symptôme, ce qui justifie le maintien des mesures, renforçant ainsi la frustration et la colère parentales. À mesure que cette dynamique se stabilise, le conflit change de nature. Il ne s’agit plus seulement d’une réaction à un événement traumatique, mais d’une confrontation entre deux systèmes de légitimité. Les institutions, organisées autour de la gestion du risque et de la protection, tendent à rigidifier leurs positions afin de préserver leur cohérence interne et leur crédibilité. Dozier et al. (2012) soulignent que les systèmes de prise en charge institutionnelle peuvent, dans certaines configurations, privilégier la stabilité organisationnelle au détriment des besoins relationnels fondamentaux des enfants et des familles. Toute contestation parentale est alors perçue comme une menace pour l’ordre institutionnel, ce qui transforme progressivement le conflit en une opposition structurée, où chaque partie cherche à maintenir sa position. Parallèlement, les parents, confrontés à une perte prolongée et à une disqualification répétée, voient leur identité profondément fragilisée. Les données longitudinales de Sariaslan et al. (2022) montrent que le placement hors du domicile est associé à des trajectoires marquées par des risques accrus sur les plans social, sanitaire et psychologique, ce qui souligne la dimension durable de ces processus. Pour les parents, la séparation ne se limite pas à un événement ponctuel : elle s’inscrit dans une temporalité longue faite de décisions, d’expertises et d’interactions qui réactivent continuellement le traumatisme initial. L’agressivité devient alors chronique, non comme une dérive individuelle, mais comme une réponse entretenue par le dispositif lui-même. Ainsi, la transformation de l’agressivité légitime en guerre des égos apparaît comme un effet systémique. Elle résulte de l’articulation entre un événement traumatique majeur, une lecture institutionnelle qui individualise les réactions au lieu d’en reconnaître les causes, et une dynamique organisationnelle orientée vers l’auto-validation. Ce processus empêche toute élaboration du traumatisme et enferme les acteurs dans des positions antagonistes rigides. La guerre des égos n’est pas ici une simple conflictualité interpersonnelle, mais le produit d’un système qui, en ne reconnaissant pas les effets psychiques et neurobiologiques de la séparation, contribue à les amplifier et à les chroniciser. Références Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960 Dozier, M., Zeanah, C. H., Wallin, A. R., & Shauffer, C. (2012). Institutional care for young children: Review of literature and policy implications. Social Issues and Policy Review, 6 (1), 1–25. https://doi.org/10.1111/j.1751-2409.2011.01033.x Sariaslan, A., Kääriälä, A., Pitkänen, J., et al. (2022). Long-term health and social outcomes in children and adolescents placed in out-of-home care. JAMA Pediatrics, 176 (1), e214324. https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2021.4324 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Bolton, J., Brownell, M., Nickel, N., & Chateau, D. (2018). Maternal mental health after custody loss and death of a child: A retrospective cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (5), 322–328. https://doi.org/10.1177/0706743717738494 Wall-Wieler, E., Roos, L. L., Brownell, M., Nickel, N., Chateau, D., & Singal, D. (2018). Suicide attempts and completions among mothers whose children were taken into care by child protection services: A cohort study using linkable administrative data. The Canadian Journal of Psychiatry, 63 (3), 170–177. https://doi.org/10.1177/0706743717741058
- Expériences des parents face aux processus de protection de l’enfance en période périnatale : revue systématique et synthèse thématique fondées sur une approche socio-écologique
Samantha Burrow, Lisa Woo d , Colleen Fisher , Renée Usher, Renna Gayde, Melissa O’Donnell Résumé Contexte À l’échelle nationale et internationale, chercheurs et praticiens expriment des préoccupations croissantes concernant le nombre de nourrissons retirés à leur famille par les systèmes de protection de l’enfance peu après la naissance, ainsi que les effets des procédures de protection de l’enfance durant la période périnatale (de la conception à la première année de vie) sur les familles. Objectif Cette revue systématique synthétise des études qualitatives afin de mieux comprendre les expériences et les besoins des femmes enceintes, des mères et des pères impliqués dans les procédures de protection de l’enfance en période périnatale, au sein des systèmes de santé, de protection sociale et juridiques. Méthodes Treize bases de données électroniques multidisciplinaires ont été consultées afin d’identifier des articles scientifiques évalués par les pairs, rédigés en anglais et publiés depuis 2000. Vingt-quatre articles répondaient aux critères d’inclusion. L’analyse s’est appuyée sur une approche socio-écologique et une synthèse thématique. Un groupe consultatif d’experts, composé de personnes ayant une expérience vécue, de professionnels des services et d’universitaires, a contribué à l’élaboration du cadre thématique. Résultats Bien que les études examinées aient été menées entre 2005 et 2023 auprès de participants variés issus de six pays, elles mettent en évidence des expériences parentales similaires face aux procédures de protection de l’enfance en période périnatale. Ces expériences ont été synthétisées selon les niveaux du modèle socio-écologique : (i) Au niveau individuel, les parents décrivent l’amour, l’espoir, la confusion, la peur, la capacité d’agir et l’angoisse. (ii) Au niveau des relations, ils évoquent la rupture des liens parent–bébé, le manque de soutien personnel et professionnel, ainsi que l’impact du traumatisme et de la confiance dans les relations avec les professionnels. (iii) Dans leurs interactions avec les institutions, les parents rapportent une surveillance omniprésente et des procédures préjudiciables, une communication et un soutien insuffisants, ainsi que des déséquilibres de pouvoir. (iv) Aux niveaux politique et sociétal, leurs expériences mettent en évidence la domination de normes et de valeurs occidentales, l’augmentation de la pauvreté et du sans-abrisme, l’atteinte aux droits et des politiques périnatales marquées par des biais. La synthèse inclut également les recommandations des parents, des professionnels et des chercheurs visant à améliorer les processus de protection de l’enfance en période périnatale et le soutien aux familles. Conclusions Au cours des vingt dernières années, les études qualitatives menées à l’échelle internationale ont systématiquement mis en évidence les effets biopsychosociaux négatifs du retrait des nourrissons de leur famille. Il est essentiel de lutter contre la pauvreté et les traumatismes, de rééquilibrer les rapports de pouvoir et d’atténuer les effets durables des procédures de protection de l’enfance en période périnatale afin de permettre aux parents de conserver la garde de leur enfant ou d’être réunifiés avec lui. Des transformations aux niveaux institutionnel, politique et sociétal sont nécessaires pour : prioriser la prévention et l’intervention précoce ; favoriser des pratiques relationnelles et la collaboration intersectorielle ; et dépasser les conceptions occidentales traditionnelles de la famille. Placer la parole des parents au centre des efforts d’amélioration des dispositifs de protection de l’enfance, avant et après la naissance, permettra de mieux orienter la mise en place d’un soutien précoce et adapté répondant à leurs besoins identifiés et favorisant le bien-être familial. CITER Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960
- Maladie cardiovasculaire et facteurs de risque chez les individus ayant un antécédent de placement hors du domicile familial
Anders Hjern, MD, PhD Bo Vinnerljung, PhD; Lars Brännström, PhD Ce que l’on sait déjà sur le sujet : L’exposition au placement hors du domicile durant l’enfance est associée à un risque accru de mauvaise santé et de handicap à l’âge adulte, mais la contribution spécifique des maladies cardiovasculaires à ce risque reste inconnue. Ce que cette étude apporte : Le placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral entre 18 et 48 ans. L’échec scolaire et le tabagisme ont été identifiés comme les principaux facteurs de risque à cibler dans les stratégies de prévention. RÉSUMÉ CONTEXTE L’exposition, durant l’enfance, à un placement hors du domicile familial (famille d’accueil ou institution) est associée à un risque accru de mauvaise santé et de handicap à l’âge adulte. Toutefois, le risque spécifique de maladies cardiovasculaires n’avait pas été étudié jusqu’à présent dans une perspective longitudinale. MÉTHODES Il s’agit d’une étude de cohorte nationale fondée sur le couplage de plusieurs registres populationnels, constituant un échantillon de 881 731 individus, dont 26 310 (3,0 %) avaient une expérience de placement hors du domicile durant l’enfance. La population étudiée, née entre 1972 et 1981, a été suivie de l’âge de 18 ans jusqu’à 39–48 ans pour les hospitalisations et la mortalité. RÉSULTATS Après ajustement pour l’année de naissance et le niveau d’éducation maternel, les individus ayant connu un placement durant l’enfance présentaient un risque doublé de maladie coronarienne (rapport de risque [hazard ratio] : 2,05 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,74–2,41) et d’accident vasculaire cérébral (rapport de risque : 1,85 ; 1,59–2,15) par rapport à la population générale, avec des estimations similaires chez les hommes et les femmes. Les femmes ayant un historique de placement présentaient un risque plus que doublé de tabagisme en début de grossesse (risque relatif : 2,26 ; 2,18–2,34), ainsi qu’un risque modérément accru de diabète gestationnel (risque relatif : 1,49 ; 1,19–1,86). Une atténuation marquée (de 40 % à 90 %) des effets observés sur les maladies et les facteurs de risque apparaissait après ajustement supplémentaire pour le niveau scolaire atteint à 15–16 ans. CONCLUSIONS Un antécédent de placement hors du domicile durant l’enfance est associé à un doublement du risque d’événements cardiovasculaires précoces. Le tabagisme et la faible réussite scolaire apparaissent comme les principaux facteurs de risque identifiés. CITER Anders Hjern, Bo Vinnerljung, Lars Brännström; Cardiovascular Disease and Risk Factors in Individuals With a History of Out-of-home Care. Pediatrics February 2024; 153 (2): e2023063174. 10.1542/peds.2023-063174
- Conséquences sanitaires et sociales à long terme chez les enfants et adolescents placés hors du domicile familial
Amir Sariaslan, PhD ; Antti Kääriälä, PhD ; Joonas Pitkänen, MSc Hanna Remes, PhD ; Mikko Aaltonen, PhD ; Heikki Hiilamo, PhD ; Pekka Martikainen, PhD ; Seena Fazel, MD Points clés Question Quel est le risque de présenter des conséquences sociales et sanitaires défavorables à l’âge adulte chez les enfants et adolescents placés hors du domicile familial ? Résultats Dans cette étude de cohorte, le risque de conséquences sociales et sanitaires défavorables à l’âge adulte était multiplié par 1,4 à 5 chez les enfants placés hors du domicile familial, comparativement à leurs frères et sœurs n’ayant jamais été placés. En comparant des fratries différemment exposées, l’étude a pu prendre en compte les facteurs génétiques et environnementaux partagés avant le placement. Signification Bien qu’il puisse être nécessaire de retirer des enfants à des parents les exposant à des formes sévères de maltraitance, de négligence ou d’abus, le placement hors du domicile familial est associé à des conséquences importantes qui nécessitent une évaluation approfondie. Résumé Importance Les enfants placés hors du domicile familial présentent en moyenne des conséquences à long terme moins favorables que leurs pairs, mais la direction et l’ampleur de ces associations doivent être précisées. Objectif Estimer les associations entre le placement hors du domicile familial durant l’enfance et l’adolescence et le risque ultérieur de diverses conséquences sociales et sanitaires à l’âge adulte, après ajustement approfondi des facteurs préexistants au placement. Méthodes (plan, cadre et participants) Cette étude de cohorte, incluant une analyse intrafamiliale entre frères et sœurs, a porté sur l’ensemble des enfants nés en Finlande entre 1986 et 2000 (N = 855 622). Chaque individu a été suivi à partir de l’âge de 15 ans jusqu’à la fin de la période d’étude (décembre 2018), ou jusqu’à migration, décès ou survenue de l’événement étudié. Des modèles de régression de Cox et de Poisson ont été utilisés pour estimer les associations, avec ajustement pour les facteurs de confusion mesurés (issus de registres populationnels couplés) et non mesurés (via les comparaisons intrafamiliales). Les analyses ont été réalisées entre octobre 2020 et août 2021. Exposition Placement hors du domicile familial jusqu’à l’âge de 15 ans. Critères de jugement principaux À partir de registres nationaux (population, patients, prescriptions, causes de décès, criminalité), 16 conséquences ont été identifiées dans les catégories suivantes : troubles psychiatriques ; faible statut socioéconomique ; blessures et exposition à la violence ; comportements antisociaux, suicidalité et mortalité prématurée. Résultats Au total, 30 127 individus (3,4 %) avaient été placés hors du domicile familial, avec une durée médiane (intervalle interquartile) de 1,3 an (0,2–5,1) et 2 épisodes de placement (1–3) avant l’âge de 15 ans. Comparés à leurs frères et sœurs, les individus placés présentaient un risque 1,4 à 5 fois plus élevé de développer des conséquences défavorables à l’âge adulte (rapport de risque ajusté [aHR] pour une blessure par chute : 1,40 ; IC 95 % : 1,25–1,57 ; aHR pour une intoxication accidentelle : 4,79 ; IC 95 % : 3,56–6,43). Les risques relatifs les plus élevés concernaient les arrestations pour crimes violents (aHR : 4,16 ; IC 95 % : 3,74–4,62 ; incidence cumulée : 24,6 % chez les placés contre 5,1 % chez les non placés), les troubles liés à l’usage de substances (aHR : 4,75 ; IC 95 % : 4,25–5,30 ; incidence cumulée : 23,2 % contre 4,6 %), et les intoxications accidentelles (aHR : 4,79 ; IC 95 % : 3,56–6,43 ; incidence cumulée : 3,1 % contre 0,6 %). Des ajustements supplémentaires pour les facteurs périnataux, les troubles comportementaux durant l’enfance et les traumatismes, y compris l’exposition à la violence, n’ont pas modifié de manière significative les résultats. Conclusions et pertinence Le placement hors du domicile familial est associé à un large éventail de conséquences défavorables à l’âge adulte, et ces associations persistent après ajustement pour les facteurs préexistants mesurés et les facteurs familiaux non mesurés. CITER Sariaslan A, Kääriälä A, Pitkänen J, et al. Long-term Health and Social Outcomes in Children and Adolescents Placed in Out-of-Home Care. JAMA Pediatr. 2022;176(1):e214324. doi:10.1001/jamapediatrics.2021.4324
- La relation entre l'instabilité du placement et la santé mentale chez les enfants et jeunes issus du système de protection de l'enfance : revue systématique et méta-analyse au Royaume-Uni
Cody Varnish , Alice R Phillips , Shailaja Tallam Laxman , Nina Maxwell , Sarah L Halligan , Katherine S Button Résumé Contexte : Les enfants placés qui subissent des changements fréquents de lieu d’accueil sont exposés à un risque accru de troubles de la santé mentale. Les données émergentes suggèrent une relation bidirectionnelle, où l’instabilité du placement peut à la fois prédire et résulter de difficultés de santé mentale. Comprendre la force et la direction de cette relation est crucial pour éclairer les politiques et les pratiques, mais les preuves provenant du Royaume-Uni restent non consolidées. Objectifs : Réaliser la première revue systématique et méta-analyse examinant la relation entre l'instabilité du placement et la santé mentale au sein du système de protection de l'enfance britannique. Méthode : Cette revue a été enregistrée de manière prospective dans le registre international PROSPERO (CRD42024493617). Nous avons interrogé cinq bases de données (jusqu'en août 2024) pour identifier des études britanniques évaluées par des pairs incluant un échantillon d'enfants ayant l'expérience du placement, mesurant l'(in)stabilité du placement ainsi que la santé mentale, et examinant quantitativement la relation entre ces deux variables. Une méta-analyse à effets aléatoires a été réalisée, et la qualité des études a été évaluée à l'aide de l'échelle de Newcastle-Ottawa. Résultats : Quinze études ($N = 6905$) ont été incluses, dont douze ($n = 5536$) ont contribué à la méta-analyse. Les enfants ayant des placements instables étaient plus de deux fois plus susceptibles de présenter des difficultés de santé mentale par rapport à ceux ayant des placements stables (rapport des côtes [ odds ratio ] $2,07$ ; IC à $95\%$ $1,65$–$2,59$). Cependant, les preuves concernant la direction causale de cette relation étaient limitées. Conclusion : L'instabilité du placement double le risque de difficultés de santé mentale pour les enfants placés, qui font déjà face à des taux élevés de troubles mentaux. Des recherches supplémentaires sont nécessaires de toute urgence pour clarifier la nature bidirectionnelle de cette relation et guider des interventions ciblées. En attendant, les décideurs politiques devraient prioriser les collaborations entre les services de santé mentale et les autorités locales afin de prévenir le cycle de l'instabilité et de la détérioration de la santé mentale. Mots-clés : Revue systématique ; placement familial ; santé mentale ; méta-analyse ; instabilité du placement. CITER Varnish, C., Phillips, A. R., Tallam Laxman, S., Maxwell, N., Halligan, S. L., & Button, K. S. (2025). The relationship between placement instability and mental health among care-experienced children and young people: UK systematic review and meta-analysis. The British journal of psychiatry : the journal of mental science , 1–10. Advance online publication. https://doi.org/10.1192/bjp.2025.10375
- Protection de l'enfance et criminalité à l'âge adulte : Utiliser l'assignation des enquêteurs pour estimer les effets causaux du placement familial
Joseph J. Doyle Jr. Massachusetts Institute of Technology and National Bureau of Economic Research Cet article utilise la répartition aléatoire des familles entre les enquêteurs de la protection de l'enfance pour estimer les effets causaux du placement familial sur la criminalité à l'âge adulte. L'analyse s'appuie sur un nouvel ensemble de données reliant les archives de la justice pénale aux données de la protection de l'enfance dans l'Illinois, et je constate que les enquêteurs influencent le placement en famille d'accueil. Il apparaît que les enfants situés à la marge du placement sont deux à trois fois plus susceptibles d'intégrer le système judiciaire pénal à l'âge adulte s'ils ont été placés en famille d'accueil. Une innovation de cette étude consiste à décrire le profil des enfants à la marge du placement, un groupe plus susceptible d'inclure des Afro-Américains, des filles et de jeunes adolescents. CITER Doyle, J. J., Jr. (2008). Child protection and adult crime: Using investigator assignment to estimate causal effects of foster care. Journal of Political Economy , 116 (4), 746–782. https://doi.org/10.1086/590216
- Protection de l’enfance et devenir des enfants : mesurer les effets du placement en famille d’accueil
Joseph J. Doyle Jr. On sait très peu de choses sur les effets du placement en famille d’accueil des enfants victimes de maltraitance ou de négligence. Cet article utilise la propension des enquêteurs de la protection de l’enfance à placer les enfants comme variable instrumentale afin d’identifier les effets causaux du placement sur les résultats à long terme — notamment la délinquance juvénile, la maternité à l’adolescence et l’emploi — chez des enfants de l’Illinois, où un système d’attribution rotative assigne de manière quasi aléatoire les familles aux enquêteurs. Les estimations importantes de l’effet marginal du traitement incitent à la prudence dans l’interprétation, mais les résultats suggèrent que les enfants proches du seuil de placement ont tendance à obtenir de meilleurs résultats lorsqu’ils restent dans leur famille, en particulier les enfants plus âgés. CITER Doyle, Joseph, J Jr. 2007. "Child Protection and Child Outcomes: Measuring the Effects of Foster Care." American Economic Review 97 (5): 1583–1610. DOI: 10.1257/aer.97.5.1583
- Adverse childhood experiences and neuroendocrine biomarker changes in preschool children
I. Martín-Estal, D. León Rojas, J.L. Díaz-Gómez, A.J. del Rio-Pascual, J. Rodríguez-de-Ita, F. Castorena-Torres Highlights ACEs are associated to altered stress hormones in Mexican preschool children. There is an association between ACEs, neuroendocrine alterations and rural–urban disparities. Findings call for gender- and context-sensitive interventions. Abstract Adverse Childhood Experiences (ACEs) are highly prevalent and associated to severe health outcomes in the Mexican adult population. However, their biological correlates during early childhood remain poorly understood. We conducted a cross-sectional study in Mexican children, aged 3–5 years, to examine the association between neuroendocrine biomarker hair levels related to hypothalamic-pituitary-adrenal (HPA) axis (cortisol, cortisone, and DHEA) and the number and type of ACEs in this population. Additionally, we analyzed the effect of sociodemographic characteristics of the population (age, sex and urbanity stratum). The study included 237 children and 226 caregivers from the national ACESMEXICO cohort. Caregivers provided self-reported sociodemographic and child-related information, and hair samples from 178 children were analyzed for neuroendocrine biomarkers. The Pediatric ACEs and Related Life-Events Screener (PEARLS) was used to gather ACEs data. Linear regression models adjusted by age, sex and urbanity stratum, tested associations between cumulative ACEs categories and individual ACEs, and log-tansformed steroid levels. Children with two ACEs had higher cortisone levels compared with those with none, whereas the ≥ 3 ACEs group showed a marginal increase. These findings suggest a threshold response. Children with parents who abused drugs showed higher cortisol hair levels even when controlling for total ACEs. Elevated DHEA levels were associated with economic difficulties, rural living, younger age, and male sex, independent of the number of ACEs. These findings provide novel evidence that associates ACEs with neuroendocrine alterations in Mexican preschool children, highlighting rural–urban disparities. Exposure to adversities such as parental substance use significantly altered stress-related hormone levels, particularly among girls, emphasizing the need for gender- and context-sensitive approaches to childhood adversity interventions. CITER Martín-Estal, I., Rojas, D. L., Díaz-Gómez, J. L., Del Rio-Pascual, A. J., Rodríguez-de-Ita, J., & Castorena-Torres, F. (2026). Adverse childhood experiences and neuroendocrine biomarker changes in Mexican preschool children. Psychoneuroendocrinology, 184, 107685. https://doi.org/10.1016/j.psyneuen.2025.107685
- The impact of out-of-home care on brain development: a brief review of the neuroscientific evidence informing our understanding of children’s attachment outcomes
Paula S. Oliveira Abstract Researchers interested in the effects of early experiences of caregiving adversity have employed neuroscientific methods to illuminate whether and how such environmental input impacts on brain development, and whether and how such impacts underpin poor socioemotional outcomes in this population. Evidence is compelling in documenting negative effects on the individual’s neurodevelopment following exposure to adverse or disadvantaged environments such as institutionalization or maltreatment. Neuroimaging research focused specifically on attachment-relevant processing of socioemotional stimuli and attachment outcomes among children looked-after is scarcer, but largely consistent. This review begins by summarizing the key general brain structural and functional alterations associated with caregiving deprivation. Then, neuroscientific evidence that is more directly relevant for understanding these children’s attachment outcomes, both by employing social stimuli and by correlating children’s neural markers with their attachment profiles, is reviewed. Brief interpretations of findings are suggested, and key limitations and gaps in the literature identified. CITER Oliveira PS (2024) The impact of out-of-home care on brain development: a brief review of the neuroscientific evidence informing our understanding of children’s attachment outcomes. Front. Behav. Neurosci. 18:1332898. doi: 10.3389/fnbeh.2024.1332898 LINK: https://www.frontiersin.org/journals/behavioral-neuroscience/articles/10.3389/fnbeh.2024.1332898/full
- Expériences des parents face aux dispositifs de protection de l’enfance en période périnatale : revue systématique et synthèse thématique fondées sur une approche socio-écologique
Nov. 2024 Samantha Burrow, Lisa Wood , Colleen Fisher , Renée Usher, Renna Gayde, Melissa O’Donnell Points clés Les expériences des parents dans les processus de protection de l’enfance en période périnatale sont très similaires. Des processus préjudiciables, punitifs et disempowerants contribuent à une souffrance persistante. L’agentivité personnelle et des relations positives entre parents et professionnels peuvent être favorisées. Un soutien biopsychosocial et économique à long terme est nécessaire pour faire face à l’adversité. Les récits d’expérience vécue des parents sont essentiels pour orienter les pratiques et les politiques. Résumé Contexte À l’échelle nationale et internationale, chercheurs et praticiens expriment des préoccupations croissantes concernant le nombre de nourrissons retirés à leur famille peu après la naissance, ainsi que l’impact des processus de protection de l’enfance durant la période périnatale (de la conception jusqu’à un an après la naissance) sur les familles. Objectif Cette revue systématique synthétise des études qualitatives afin de mieux comprendre les expériences et les besoins des femmes enceintes, des mères et des pères impliqués dans des dispositifs de protection de l’enfance en période périnatale, au sein des systèmes de santé, d’aide sociale et juridiques. Méthodes Treize bases de données électroniques pluridisciplinaires ont été consultées pour identifier des articles scientifiques évalués par les pairs, rédigés en anglais et publiés depuis 2000. Vingt-quatre articles ont été retenus. L’analyse repose sur une approche socio-écologique et une synthèse thématique. Un groupe consultatif d’experts, composé de personnes ayant une expérience vécue, de professionnels de services et d’universitaires, a contribué à l’élaboration du cadre thématique. Résultats Bien que les études examinées aient été menées entre 2005 et 2023, auprès de populations diverses dans six pays, elles mettent en évidence des expériences parentales largement convergentes face aux processus de protection périnatale. Les expériences ont été analysées selon les niveaux du modèle socio-écologique : (i) Au niveau individuel, les parents décrivent l’amour, l’espoir, mais aussi la confusion, la peur, le sentiment d’agir (agentivité) et l’angoisse. (ii) Dans les relations, ils évoquent des liens parent-bébé brisés, un soutien personnel et professionnel limité, ainsi que les effets du trauma et de la confiance sur les relations avec les professionnels. (iii) Dans les interactions avec les organisations, les parents rapportent une surveillance omniprésente, des processus délétères, une communication et un soutien insuffisants, ainsi que des asymétries de pouvoir. (iv) Aux niveaux politique et sociétal, leurs expériences révèlent le poids de normes et de valeurs occidentales dominantes, l’augmentation de la pauvreté et du sans-abrisme, l’atteinte aux droits, et des politiques périnatales empreintes de préjugés. La synthèse intègre également les recommandations des parents, des professionnels et des chercheurs pour améliorer les dispositifs de protection de l’enfance en période périnatale et soutenir les familles. Conclusions Au cours des vingt dernières années, les études qualitatives menées à l’échelle internationale ont constamment mis en évidence les effets biopsychosociaux négatifs du retrait des nourrissons de leur famille. La prise en compte de la pauvreté et du trauma, la réduction des asymétries de pouvoir et l’atténuation des effets durables des dispositifs de protection périnatale sont essentielles pour permettre aux parents de conserver ou de retrouver la garde de leur enfant. Des transformations sont nécessaires aux niveaux institutionnel, politique et sociétal afin de : privilégier la prévention et l’intervention précoce ; favoriser des pratiques relationnelles et la collaboration intersectorielle ; et dépasser les conceptions occidentales traditionnelles de la famille. Placer la parole des parents au centre des efforts de réforme permettra d’adapter les interventions précoces aux besoins identifiés et de promouvoir le bien-être familial. CITER Burrow, S., Wood, L., Fisher, C., Usher, R., Gayde, R., & O’Donnell, M. (2024). Parents’ experiences of perinatal child protection processes: A systematic review and thematic synthesis informed by a socio-ecological approach. Children and Youth Services Review, 166 , 107960. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107960











